La Turquie cherche à s’intégrer davantage dans le cadre de défense européen


Principaux renseignements

  • La Turquie cherche à s’intégrer davantage dans le cadre de défense européen afin de remédier à ses vulnérabilités potentielles dans un contexte de rééquilibrage des rapports de force mondiaux.
  • Une participation limitée aux initiatives de défense de l’Union européenne affaiblit la sécurité européenne et entrave la Turquie à mettre pleinement à contribution ses capacités militaires.
  • La situation d’Ankara, son industrie de défense robuste et ses succès opérationnels avérés en font un atout précieux pour renforcer la sécurité européenne.

Alors que des questions se posent quant aux engagements des États-Unis en matière de sécurité envers l’Europe sous la présidence de Donald Trump, la Turquie plaide en faveur d’une intégration plus étroite dans le cadre de défense du continent. S’exprimant lors d’un événement commémorant le 74e anniversaire de l’adhésion de la Turquie à l’OTAN, le ministre de la Défense Yaşar Güler a fait part de ses inquiétudes quant à la réticence de l’Union européenne à inclure pleinement Ankara dans ses initiatives de défense.

Le fait que la Turquie soit membre de l’OTAN mais pas de l’UE se traduit par deux ensembles de règles distincts régissant la coopération avec le bloc, ce qui limite souvent la participation de la Turquie. Güler a averti que l’exclusion d’alliés non membres comme la Turquie des efforts de défense de l’UE pourrait, en fin de compte, nuire davantage à la sécurité et à la résilience de l’Europe que n’importe quelle réduction des forces américaines sur le continent.

Güler a souligné l’évolution de la Turquie, qui est passée du statut d’allié périphérique de l’OTAN à celui de force centrale capable d’assurer la sécurité sur l’ensemble du théâtre européen. Cette position a été renforcée par son annonce selon laquelle la Turquie assumera le commandement de la Force de réaction alliée de l’OTAN de 2028 à 2030.

Contributions stratégiques

Les experts soulignent les contributions significatives de la Turquie à l’OTAN, citant son importante armée permanente, sa vaste expérience du combat, sa situation géographique stratégique reliant l’Europe et le Moyen-Orient, ainsi qu’une industrie de défense robuste capable de produire rapidement des technologies militaires de pointe.

La volonté d’Ankara de s’intégrer davantage dans la défense européenne découle non seulement d’un désir de reconnaissance, mais aussi d’une évaluation pragmatique de l’évolution du paysage sécuritaire. La Turquie estime qu’une OTAN affaiblie ou une posture de défense européenne fragmentée la rendrait plus vulnérable face à l’instabilité régionale croissante.

Le général de brigade à la retraite Hüseyin Fazla, président du groupe de réflexion STRASAM basé à Ankara, attribue l’argumentation de plus en plus forte de la Turquie en faveur d’une intégration plus poussée à ses contributions opérationnelles et à ses capacités industrielles de pointe. Il note que ces contributions ont contraint les capitales européennes à coopérer avec Ankara, les hauts commandants de l’OTAN reconnaissant leur importance.

Obstacles politiques

Cependant, des obstacles politiques entravent l’intégration de la Turquie dans le domaine de la défense par le biais des canaux de l’UE. Le cadre PESCO de l’Union et le Fonds européen de défense fonctionnent sur la base du consensus, accordant à la Grèce et à Chypre un droit de veto sur la participation turque. Cela a bloqué la candidature de la Turquie au projet de mobilité militaire, l’une des initiatives de la PESCO les plus axées sur les opérations.

La Grèce et Chypre considèrent l’intégration de la Turquie dans l’architecture de défense de l’UE comme une menace pour leur propre stratégie de sécurité visant à contrebalancer la Turquie au sein de l’UE. Fazla soutient qu’elles perçoivent la coopération de défense de l’UE comme un moyen de dissuader l’influence turque en Méditerranée orientale.

Une autre barrière réside dans la culture politique dominante en Europe occidentale, en particulier en France et en Allemagne, qui hésite encore à reconnaître officiellement la Turquie comme un partenaire stratégique central. Cette réticence découle d’objections d’ordre culturel et civilisationnel, malgré l’intérêt commun pour la sécurité collective.

En revanche, les pays situés sur le flanc oriental de l’Europe, tels que les États baltes, la Pologne, la Roumanie et la Bulgarie, qui ressentent vivement la menace russe, considèrent les capacités militaires et industrielles de la Turquie comme des atouts essentiels.

Équilibre délicat

La position géopolitique complexe de la Turquie l’oblige à maintenir un équilibre délicat. Elle doit composer avec ses liens politiques et économiques avec Russie. En même temps, elle dépend du parapluie défensif de l’OTAN. Cela implique aussi de contribuer aux efforts visant à contenir l’aventurisme militaire russe.

Par ailleurs, l’expansion des capacités de missiles balistiques de l’Iran constitue une menace directe pour la Turquie. Ankara évite toutefois de le reconnaître publiquement. Cela reste vrai même lors des opérations menées par les États-Unis et Israël. L’installation radar de Kürecik, située dans le centre de la Turquie, assure une couverture de détection précoce. Elle offre une portée bien plus large que les alternatives roumaines. Cet atout souligne le rôle essentiel de la Turquie dans la défense antimissile balistique européenne contre les menaces iraniennes.

En outre, les tensions croissantes avec Israël influencent la planification sécuritaire turque. Elles poussent Ankara à utiliser son adhésion à l’OTAN et son engagement à l’article 5 comme outil de dissuasion. La présence d’environ 50 armes nucléaires américaines à la base aérienne d’Incirlik renforce encore cette posture. Elle fait de la Turquie une cible plus risquée pour tout adversaire.

Enfin, Güler a exprimé son espoir que le prochain sommet de l’OTAN à Ankara réaffirme l’engagement des alliés envers l’article 5. Il souligne l’importance de la défense collective dans un contexte de sécurité en mutation. Pour Ankara, cette orientation stratégique repose sur une conviction centrale. Une Europe future avec un soutien américain réduit nécessitera davantage de coopération et d’interdépendance entre la Turquie et ses partenaires européens.

(jw)(fc)

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