Entre la fin du XXe siècle et le début des années 2000, le monde occidental a lentement pris conscience qu’il allait sans doute voir la carte de monde changer, en l’espace de quelques générations, suite à la montée des eaux. Mais ça paraissait encore lointain et hypothétique, pour de nombreuses personnes. Ça n’est maintenant plus le cas, et certains pays insulaires en sont réduits à envisager leur propre disparition.
Dans l’actualité : les accords internationaux se mettent en place pour organiser le grand exode des insulaires du Pacifique.
Le Premier ministre australien, Anthony Albanese, a signé un traité avec la nation du Pacifique de Tuvalu, afin d’accueillir progressivement les réfugiés climatiques venus de ce pays. Le texte de cet accord reconnaît explicitement la vulnérabilité de Tuvalu face à l’élévation du niveau de la mer, et engage Camberra à accueillir les futurs réfugiés.
Montée des eaux et métavers
Ce pays constitué de neuf îles habitées du Pacifique central, à mi-chemin entre l’Australie et Hawaï, compte un peu moins de 12.000 habitants. Or, ceux-ci sont en première ligne face à la montée des eaux et la salinisation croissante des sols agraires, à tel point que leur gouvernement prend déjà des mesures pour préserver sa culture, à défaut de son territoire menacé d’engloutissement.
L’archipel des Tuvalu s’était déjà fait connaître pour son projet de réplique de l’archipel dans un métavers. Une manière de préserver la mémoire de ce pays, qui n’était indépendant que depuis 1978. « Notre terre, notre océan, notre culture sont les biens les plus précieux de notre peuple et pour les mettre à l’abri du danger, quoi qu’il arrive dans le monde physique, nous les déplacerons vers le cloud » avait asséné l’année dernière le ministre des Affaires étrangères de Tuvalu, Simon Kofe.
280 Tuvaluans sauvés chaque année
Reste à sauver les Tuvaluans. D’où cet accord avec l’Australie, qui engage l’île-continent à offrir à 280 personnes au maximum l’accès à la résidence permanente chaque année. Vu les normes d’émigration ultra-drastiques de l’Australie, c’est plutôt généreux. Rappelons quand même que les Australiens ne sont qu’un peu plus de 25 millions sur 7,688 millions de kilomètres carrés. Soit deux fois et demie la Belgique, sur l’équivalent des USA sans l’Alaska. Il n’est toutefois pas prévu que tous les résidents de Tuvalu déménagent en Australie ; des sources gouvernementales présentent l’accord comme une possibilité de « migration avec dignité » pour ceux qui s’y résoudraient.
« [Ce traité] doit sauvegarder l’avenir du peuple de Tuvalu, son identité et sa culture. C’est pourquoi nous assistons à l’adaptation, mais nous fournissons également la sécurité que ces garanties représentent pour le peuple de Tuvalu, qui veut préserver sa culture, veut préserver sa propre nation à l’avenir également.
Anthony Albanese
L’Australie a également promis d’aider les citoyens de Tuvalu à « rester dans leurs foyers en toute sécurité et dignité » note The Guardian. Un projet visant à agrandir la masse terrestre de 6% de la capitale Funafuti est à l’étude, pour créer plus d’espace pour le logement et d’autres services essentiels.
Anthony Albanese a également ajouté que cet accord consoliderait également le statut de son pays en tant que « partenaire de sécurité de choix » de Tuvalu. En cas de grandes catastrophes naturelles, de pandémies ou «d’agressions militaires contre Tuvalu », Camberra sera là. En retour de cette garantie de sécurité, Tuvalu sera tenu de « convenir mutuellement avec l’Australie » de tout autre accord avec un autre pays. On sent que les Australiens lorgnent sur la Chine, toujours suspectée de vouloir étendre son influence dans le Pacifique.
L’Australie, accro au charbon
Cet accord devient quand même assez amer quand on se rappelle que l’Australie faisait partie des pays les plus rétifs à tout abandon des énergies fossiles, du charbon en particulier. Les lobbies miniers australiens pesaient lourd auprès du prédécesseur d’Albanese, Scott Morrisson, et même si le Premier ministre actuel veut rompre avec la politique du tout-charbon menée jusqu’alors, ça n’est pas près de changer drastiquement.
De nombreux dirigeants du Pacifique pressent l’Australie de prendre des mesures plus fortes contre son secteur des combustibles fossiles, avec un succès limité.


