10 signaux d’alerte pour l’économie belge

Ces dernières années, notre économie était déjà enlisée dans un scénario de croissance inhabituellement faible, et la guerre en Iran, notamment son impact via la hausse des prix de l’énergie, ajoute une couche supplémentaire d’incertitude. Il n’est pas encore question de scénarios catastrophes, mais les perspectives économiques ne sont pas vraiment réjouissantes. Voici dix signaux d’alerte pour notre économie :

1 Conjoncture internationale difficile

Alors qu’une tendance positive modérée était perceptible dans les indicateurs conjoncturels de l’économie européenne jusqu’au début de cette année, celle-ci s’est complètement inversée avec la guerre en Iran. La confiance des entrepreneurs européens se situe aujourd’hui à un niveau qui, par le passé, correspondait à une activité économique stagnante. Cela n’augure évidemment rien de bon pour notre économie, qui dépend fortement du climat conjoncturel extérieur.

2 Une incertitude persistante

Les entrepreneurs sont aujourd’hui confrontés à une longue série de facteurs d’incertitude, notamment la hausse (et la volatilité) des prix de l’énergie, la hausse des taux d’intérêt, le ralentissement des carnets de commandes, l’instabilité de la situation géopolitique, les risques liés aux chaînes d’approvisionnement internationales, d’éventuelles nouvelles mesures fiscales… Divers indicateurs d’incertitude économique frôlent des niveaux records. Et il ne semble pas y avoir d’amélioration en vue. Il est donc extrêmement difficile aujourd’hui de prendre des décisions d’investissement et/ou de recrutement à un peu plus long terme.

3 Ralentissement de la croissance économique

Au début de cette année, la plupart des prévisions pour 2026 tablaient encore sur une croissance d’environ 1,1 % pour l’économie belge. Dans les dernières prévisions, ce chiffre a été revu à la baisse, à 0,7 %. Il s’agit certes toujours d’une croissance économique positive, mais elle reste néanmoins d’une maigreur inquiétante. Les entrepreneurs voient d’ailleurs la situation d’un œil encore plus sombre. La confiance des entrepreneurs se situe à un niveau qui, historiquement, correspondait à une croissance nulle. Dans la situation actuelle, il suffirait de peu pour que notre croissance économique s’arrête complètement.

4 Situation difficile dans l’industrie et la construction

L’industrie à forte intensité énergétique est sous pression depuis un certain temps déjà dans notre pays, avec une contraction de l’activité d’environ 20 % ces dernières années. Il ne semble pas y avoir d’amélioration en vue à court terme. Des signaux inquiétants proviennent également du secteur de la construction, avec un nombre relativement faible de permis de construire et des taux hypothécaires proches des niveaux records des dix dernières années. Des enquêtes révèlent une grande inquiétude quant aux perspectives de la demande dans l’industrie et la construction pour les douze prochains mois.

5 La hausse de l’inflation entraîne une augmentation des coûts salariaux

Les prix de l’énergie sont aujourd’hui nettement plus élevés qu’au début de l’année (pétrole +60 %, gaz +75 %). Cela se reflète déjà dans les chiffres de l’inflation. L’inflation globale est déjà passée d’environ 1 % en janvier à 4 % aujourd’hui, et selon les dernières prévisions, elle devrait se maintenir autour de 4 % pour le reste de l’année. Cela implique à nouveau une indexation salariale plus forte. Celle-ci devrait également s’établir autour de 4 % en 2026. Grâce au mécanisme de l’indice des centimes (centenindex), l’indexation (pour les salaires supérieurs à la moyenne) sera encore quelque peu tempérée, mais quoi qu’il en soit, nous revenons à une indexation supérieure à la normale, et surtout à une hausse des salaires nettement plus forte que dans les pays voisins.

6 Recul de la part de marché sur les marchés internationaux

Notre compétitivité est sous pression depuis un certain temps déjà, et la nouvelle flambée de l’inflation ne fera qu’aggraver cette situation. Nos exportateurs perdent ainsi des parts de marché sur les marchés internationaux. Selon les dernières estimations du Bureau du Plan, nos marchés d’exportation étrangers devraient connaître une croissance d’environ 30 % au cours de la période 2019-2031. Au cours de la même période, la croissance de nos exportations devrait se limiter à 14 %. Cela illustre une perte importante de parts de marché à l’international.

7 Hausse des taux d’intérêt

Ces dernières années, les taux d’intérêt du marché se sont déjà normalisés par rapport à la situation extrême des taux zéro d’il y a environ cinq ans, mais il est fort probable que les taux continuent d’augmenter dans les mois à venir. La combinaison d’une inflation plus élevée, des hausses de taux attendues de la part de la BCE et de l’augmentation de la dette publique exerce une pression à la hausse sur les taux d’intérêt du marché. Cela se traduit d’ores et déjà par des taux plus élevés pour les prêts hypothécaires et toutes sortes de crédits aux entreprises, et cette tendance devrait sans doute se poursuivre dans les mois à venir.

8 Augmentation du nombre de faillites

Depuis la crise du coronavirus, le nombre de faillites en Flandre ne cesse d’augmenter. Mois après mois, de nouveaux records sont enregistrés en matière de faillites. Au cours des douze derniers mois, près de 7 000 entreprises ont fait faillite en Flandre, un niveau jamais atteint auparavant (et supérieur de moitié à celui d’avant la crise du coronavirus). Et pour l’instant, cette tendance ne semble pas près de s’inverser.

9 Un marché de l’emploi en perte de vitesse

La croissance de l’emploi dans le secteur privé s’était complètement arrêtée au cours du second semestre de l’année dernière. Les premiers mois de cette année ont ensuite connu une reprise notable, mais celle-ci n’était sans doute que temporaire. Les indicateurs avancés du marché de l’emploi, tels que l’activité d’intérim et les projets de recrutement, laissent plutôt présager un marché de l’emploi en perte de vitesse. L’incertitude qui règne pèse sur les projets de recrutement des entreprises, et cette situation ne s’améliorera pas de sitôt au cours des prochains mois.

10 Nouveaux projets fiscaux

Le gouvernement fédéral vient d’entamer un nouvel exercice budgétaire dans le cadre duquel il cherche à dégager sept milliards (ce qui laisse sans doute présager des efforts encore plus importants dans les années à venir). Dans ce cadre, il est presque certain que l’on cherchera également de nouvelles recettes et/ou des économies sur les mesures de soutien aux entreprises. Compte tenu de la situation économique difficile, ce serait une mauvaise idée de mettre encore plus de pression sur l’économie avec de nouvelles mesures fiscales irréfléchies, mais il reste à voir ce que le compromis politique apportera à cet égard.

Même si l’on ne peut pas encore parler de récession (une économie en contraction), la situation économique reste difficile. Il est peu probable que cela change à court terme. Les perspectives actuelles laissent présager une croissance économique qui reste faible, et les nombreuses incertitudes qui pèsent aujourd’hui sur notre économie ne disparaîtront pas non plus du jour au lendemain. Les entreprises doivent tenir compte de ces conditions incertaines, ce qui se traduit par la nécessité de constituer des réserves plus importantes que d’habitude, et rend la flexibilité et la capacité d’adaptation encore plus cruciales.

Bart Van Craeynest
Économiste en chef chez Voka et auteur de « België kan beter »

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