La finance « durable » risque-t-elle de provoquer une bulle spéculative ?

Des montages financiers s’engagent dans des secteurs plus respectueux de l’environnement et de l’humanité, et ce secteur « vert » a le vent en poupe. Mais la Banque des règlements internationaux s’inquiète de cette croissance rapide, qui pourrait annoncer une chute brutale.

Face à un souci croissant de respectabilité et de responsabilité écologique de la part de l’ensemble de la société, on a vu apparaître une finance qui se réclame plus « verte ». Des montages qui assurent de ne financer que des secteurs engagés dans la transition énergétique, parfois aussi dans le respect des droits humains, bien que certaines initiatives soient parfois suspectées de « green washing ». Mais la BRI, la Banque des règlements internationaux qui fait un peu office de banque centrale des banques centrales, s’en inquiète : dans son dernier rapport, elle craint que ce secteur de la finance durable ne gonfle en une nouvelle bulle.

Des précédents historiques

Alors que le reste du marché n’est pas en meilleure forme, la finance verte a le vent en poupe, et la demande augmente rapidement. Au risque qu’elle ne s’effondre à la première correction du marché, comme ce fut historiquement le cas avec plusieurs révolutions technologiques majeures, rappelle l’institution suisse. Ainsi, l’essor du rail au XIXe siècle ou la bulle internet du début des années 2000 ont provoqué de fortes contractions à moyen terme.

Or, la BRI a relevé « des signes » qui semblent indiquer que les actifs de ces produits d’investissement qui apportent un bénéfice environnemental, social ou au niveau de la gouvernance d’entreprise (ESG) étaient tendus. Selon une définition large, le poids des actifs ESG aurait grossi d’un tiers entre 2016 et 2020 pour se monter à 35.000 milliards de dollars (29.892 milliards d’euros), soit pas moins de 36% des actifs gérés par des investisseurs professionnels. Une croissance hors du commun, qui dépasse largement les prix que déboursent les investisseurs pour les valeurs de croissance, elles-mêmes déjà tendues.

Vigilance accrue

L’institution basée en Suisse ne peut encore tirer de conclusions, mais elle appelle à la prudence concernant la finance « verte ». Celle-ci accuse une telle croissance qu’il n’est pas exclu qu’elle dégringole tout d’un coup. Plus la croissance continue, plus les ESG vont attirer de nouveaux investisseurs bien sûr, mais la BRI appelle à scruter de près ce secteur s’il continue à gonfler à ce rythme.

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