« Vladimir Poutine ne peut pas concéder la défaite, il a besoin de quelque chose qu’il peut présenter comme une victoire »

Sarah Montague est journaliste pour la BBC et analyste des relations internationales dans l’émission d’actualité qu’elle présente chaque midi à la radio, The World at One. Ce mercredi, elle a pu s’entretenir au téléphone avec Andrey Kortunov, historien russe et directeur général du Russian International Affairs Council, un think tank consacré aux relations internationales en général, et entre la Russie et l’occident en particulier. Contre toute attente, le chercheur et diplomate russe, qui a siégé à la Douma, a parlé avec une très grande franchise de la guerre en Ukraine et de ses possibles développements futurs.

« C’est une terrible tragédie, cette situation aurait dû être évitée », avoue sans détour M. Kortunov, qui a siégé au parlement russe, la Douma. « Mais la situation est celle qu’on sait, et je pense que là, maintenant, la seule option possible c’est d’arrêter, aussi rapidement que possible. »

« Pas le moindre bénéfice à cette opération »

La journaliste britannique interroge ensuite le diplomate russe sur les responsabilités personnelles de Vladimir Poutine dans ce qui semble être une immense erreur d’appréciation de sa part. « Ma logique et celle du dirigeant de la Russie ne coïncident pas tout à fait » estime M. Kortunov. « Il m’est très difficile de considérer le moindre bénéfice que cette opération pourrait apporter, et je pense que ses effets secondaires seront probablement bien plus sérieux que l’un ou l’autre gain possible. »

« Je ne peux qu’espérer que les pourparlers de paix seront l’option privilégiée, mais ces discussions seront très difficiles : nous devons tous bien comprendre que chaque camp reste sur ses positions et qu’elles sont difficilement conciliables, il sera très dur de les réconcilier et de trouver un compromis, si seulement on y arrive dans de telles circonstances. Peut-être que l’idéal serait une troisième partie pour faire la médiation, si l’idée est de cesser les combats. Les deux camps devront démontrer une certaine flexibilité. Et je pense que le problème, c’est que les deux camps pensent qu’ils peuvent obtenir plus au fur et à mesure que le temps passe. »

« Poutine ne peut pas accepter la défaite »

« Je pense que Poutine aura besoin d’obtenir quelque chose pour déclarer la victoire. Il ne peut pas accepter la défaite, politiquement ça serait trop dangereux pour lui. Cela pourrait avoir de graves conséquences sur son leadership. Il a besoin de quelque chose qui lui permette de dire « J’ai gagné ».

« Beaucoup dépendra de ce que les deux camps -et potentiellement l’Occident qui fait clairement partie de l’équation- peuvent trouver comme solution, qui ne sera sans doute pas idéale, mais permettra au moins d’arrêter les combats et de sauver des vies humaines. »

Sur la question de qui pourrait faire changer d’avis Poutine sur la situation ukrainienne, M. Kortunov estime que ce ne serait possible qu’avec une rencontre avec quelqu’un d’extérieur à son entourage, voire du système russe. Quelqu’un que le président respecte, et en qui il a confiance : »quelqu’un qui peut exprimer de l’empathie tout en étant capable d’appeler à un changement d’approche. Personnellement je pensais à Angela Merkel. Elle connait le problème ukrainien, et elle est respectée en Russie, en Ukraine, et en Europe. Elle pourrait trouver une solution, mais c’est mon opinion. Ça sera difficile de toute façon. »

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