« Une hausse des taux d’intérêt de la BCE cette année pourrait être une erreur »

L’inflation élevée accroît la pression sur la Banque centrale européenne (BCE) pour qu’elle relève ses taux d’intérêt cette année. Cependant, certains économistes craignent qu’une telle augmentation ne se transforme en flop, rapporte l’agence de presse Bloomberg.

Lors de la dernière réunion sur les taux d’intérêt, Christine Lagarde, la présidente de la BCE, n’a plus dit qu’une augmentation des taux d’intérêt cette année était peu probable. La raison est simple: l’inflation européenne est élevée. En janvier, elle a atteint 5,1%. Un resserrement de la politique monétaire pourrait soulager un peu la pression. Cependant, tout le monde ne semble pas partager la conviction que le régulateur devrait relever les taux d’intérêt cette année.

Augmentation des taux en décembre

Selon un sondage réalisé auprès de 50 économistes et publié par Bloomberg lundi, le taux d’inflation attendu pour l’année prochaine est de 1,7%, pour atteindre 1,8% en 2024. Ces chiffres sont donc inférieurs à l’objectif de 2% d’inflation à moyen terme fixé par la BCE. Par ailleurs, la médiane des prévisions indique une première hausse des taux de 25 points de base en décembre.

Le fait que l’inflation se normalise dans les années à venir fait craindre à plusieurs économistes qu’une hausse des taux cette année pourrait être une erreur. Il ne faut pas oublier que Mme Lagarde a déclaré par le passé que l’impact d’une hausse des taux d’intérêt pourrait prendre de 9 à 18 mois. Cela signifie donc qu’une hausse des taux d’intérêt en décembre ne se ferait pas sentir avant 2023 (ou plus tard), juste au moment où l’inflation attendue tombe sous l’objectif de la BCE.

« Une erreur »

Oliver Rakau, économiste à Oxford Economics, fait partie de ceux qui s’inquiètent d’une hausse des taux d’intérêt cette année. « Les pressions inflationnistes sous-jacentes ne sont pas encore assez fortes pour une augmentation durable des taux d’intérêt », a-t-il déclaré à Bloomberg.

Ruben Segura-Cayuela (Bank of America) et Joachim Fels (Pimco) mettent également en garde contre les conséquences potentiellement désastreuses d’une hausse des taux cette année. Ils rappellent que la BCE a déjà commis cette erreur en 2008 et 2011 en relevant trop rapidement les taux d’intérêt.

Divisions au sein de la BCE

Au sein de la BCE aussi, des voix s’élèvent pour demander un report de la hausse des taux. L’une de ces voix est Philip Lane, économiste en chef de l’institution. Il est convaincu que l’inflation va bientôt diminuer et atteindre le niveau souhaité. La semaine dernière, M. Lane avait déjà prévenu qu’une hausse prématurée des taux d’intérêt pourrait nuire à l’économie européenne.

D’autres responsables politiques, dont Klaas Knot (président de la banque centrale néerlandaise) et Joachim Nagel (président de la Deutsche Bundesbank), craignent en revanche que la robustesse de l’inflation ne se traduise par une hausse des salaires, ce qui continuerait à accroître la pression inflationniste.

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