Une forte participation donne à la protestation syndicale une énergie supplémentaire, mais les chances de modifier la loi de 1996 sont quasi nulles

  • Avec 70.000 personnes selon la police, et 80.000 selon les syndicats (ce qui est étrange en soi, puisqu’habituellement ce dernier chiffre est toujours le double du premier), les trois syndicats ont obtenu une participation plus que solide à leur « manifestation pour le pouvoir d’achat » ce lundi. Cela a clairement suscité l’euphorie chez les dirigeants syndicaux, qui ont prononcé des discours très volontaristes.
    • « Nous voulons vivre, pas survivre », a crié le patron de la FGTB, Thierry Bodson, à la foule.
    • « Ne soyez pas dupes, il y a de l’argent pour de meilleurs salaires », a répondu le président de l’ACV/CSC, Marc Leemans.
  • Le précédent gouvernement suédois a une fois de plus été attaqué avec beaucoup de véhémence : à propos de la loi de 1996, qu’il a durcie en 2017, mais aussi à propos de l’âge de la retraite, qui a été épinglé. Le PTB était présent en nombre, ce qui est immédiatement venu apporter un peu de pression sur le PS et Ecolo, qui traînent un peu dans les sondages.
  • Cela n’augure rien de bon pour les prochaines discussions au sein de la Vivaldi, entre autres, sur la réforme des retraites. Les plans de Karine Lalieux (PS), la ministre des Pensions, sont prêts. La question reste de savoir s’ils seront concrétisés dans les semaines à venir.
  • Entre-temps, la Vivaldi s’était déjà enlevé un peu de pression en présentant, pas plus tard que le week-end dernier, une prolongation des mesures pour le pouvoir d’achat dans le domaine de l’énergie, pour un montant de 1,7 milliard selon le PS.
  • Mais les demandes des employeurs (et en fait aussi de la Banque nationale) de ne pas répercuter le coût supplémentaire de la hausse des prix de l’énergie sur les entreprises, sous la forme d’une hausse des salaires via l’indexation automatique – et donc de permettre un saut d’index – ont été radicalement rejetées. Au contraire : la loi sur la norme salariale (ou loi de 96), qui est censée freiner les augmentations de salaire par l’indexation, en se comparant aux pays voisins, a été vivement attaquée hier.
  • Mais une impasse semble se dessiner, tant entre les employeurs et les employés qu’au sein de la Vivaldi : aucun des partis gouvernementaux ne veut toucher à l’indexation, mais dans le même temps, les libéraux et le CD&V pensent qu’il ne faut pas non plus toucher à la loi sur les normes salariales. « L’une ne va pas sans l’autre », insistent les libéraux. Les exigences mutuelles des partenaires sociaux font qu’aucun accord n’est possible, certainement pas à court terme.
  • Reste qu’il n’y a eu aucune grosse perturbation au sein des usines, pas même dans le port d’Anvers. La pression s’exerçait surtout sur les transports, hormis la SNCB. Mais les syndicats, avec la FGTB en tête, continuent de faire pression. Ils ont annoncé qu’ils examineraient à nouveau les prochaines actions à entreprendre le 28 juin.
  • À la Chambre, sous la pression du PTB, il y aura une audience à la fin de ce mois de juin au sujet de la loi sur les normes salariales. Il est possible que la tension monte à nouveau brusquement à ce moment-là.

C’était attendu : les critiques des chefs de partis de la majorité qui ont rejoint la manifestation n’ont pas tardé.

  • Paul Magnette (PS) était sans aucun doute le manifestant le plus remarqué dans les rues de Bruxelles, hier. S’y associer en tant que président du plus grand parti du gouvernement, le patron du PS semblait ne pas trop s’en préoccuper : ses réseaux sociaux étaient remplis de selfies et poses avec des manifestants, le tout monté dans un mini clip le soir même. « Pour un pouvoir d’achat plus élevé et des négociations salariales libres, nous continuerons à nous battre », a-t-il annoncé à ses partisans. En d’autres termes, la loi de 1996 reste l’objet de la lutte.
  • Cela a provoqué une réaction pavlovienne de Georges-Louis Bouchez (MR) : « Le PS s’oppose donc aux mesures et à la politique du ministre PS du Travail et du gouvernement. Un tel don d’ubiquité est époustouflant. Que les politiques agissent à augmenter le pouvoir d’achat en baissant les impôts des travailleurs au lieu de manifester », a-t-il asséné.
  • La petite guéguerre s’est poursuivie, le socialiste répondant que « le pouvoir d’achat est au cœur des préoccupations du PS depuis toujours. Nous sommes derrière les travailleurs qui manifestent et nous les défendons aussi au sein du gouvernement face aux libéraux! Vous voulez qu’on fasse la liste des libéraux qui vont aux cocktails du patronat ? »
  • Mais le PS n’était pas seul : Ecolo, qui a déployé plusieurs parlementaires sur place, a également emmené Jean-Marc Nollet dans la matinale de Bel-RTL pour se prononcer en faveur d’une rupture de la loi de 96 et « laisser aux secteurs le soin de négocier leurs salaires, notamment ceux qui ont bien gagné pendant la crise, comme le pharma, les banques, et le secteur de l’énergie ».
  • Du côté flamand, il est à noter que Groen était aussi de la partie : le duo de nouveaux présidents, Jeremie Vaneeckhout et Nadia Naji, ont fait des apparitions visibles qu’ils ont eux aussi postées sur les réseaux sociaux. « De plus en plus de personnes qui travaillent ont du mal à joindre les deux bouts. C’est le cas depuis un certain temps, mais cela devient de plus en plus urgent. Il y a beaucoup d’enthousiasme pour cette journée d’action, c’est maintenant qu’il faut agir. Nous devons rapidement voir ce qui peut être fait de plus pour les 50 % de salaires les plus bas », a tweeté le premier.
  • Un coup de fouet de l’Open Vld est arrivé en retour. Du député flamand Maurits Vande Reyde (Open Vld) : « Argumenter contre soi. Je trouve toujours cela idiot ». Ce à quoi Vaneeckhout a répondu : « Heureusement, ce n’est pas vous qui décidez si je peux écouter les préoccupations de 70.000 Belges. Je continuerai à le faire ».
  • Sur Instagram, Conner Rousseau (Vooruit), qui n’a pas participé à la manifestation, a posté une photo un peu provocatrice, demandant à ses followers ce qu’ils allaient faire ce jour-là : « Des examens, travailler ou rien ? » (Dans une langue qui ne pouvait pas tout à fait passer pour du néerlandais, d’ailleurs). Peter Mertens (PVDA) a réagi au premier degré : « Conner Rousseau m’a demandé ce matin ce que je faisais aujourd’hui. Eh bien, Conner, avec 80.000 personnes, je vais manifester à Bruxelles contre le gel des salaires et pour le gel des prix. Je sais, ce n’est pas sur votre liste de choix, mais merci de demander. »
  • Ce à quoi le porte-parole du parti socialiste flamand a répondu : « Avec Vooruit, nous menons des politiques qui renforcent le pouvoir d’achat des gens. Nous continuerons à nous battre pour que le travail soit plus rémunérateur. Quelque chose que le PVDA n’a jamais fait et ne fera jamais. »
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