Un dossier hypersensible: le PS veut-il financer la pension minimum par les bénéficiaires d’une pension complémentaire ?

Frederic Sierakowski / Isopix

La Vivaldi et plus particulièrement le PS ont de grandes ambitions pour la réforme des retraites. L’objectif: amener la pension minimum à 1.500 euros nets. La ministre Karine Lalieux (PS) doit mettre sur pied un plan d’ici septembre pour financer le système des pensions au-delà de 2024.

Selon les journaux flamands De Standaard et Het Nieuwsblad, 1,8 milliard d’euros seraient nécessaires pour financer la pension minimum à 1.500 euros nets. Pour trouver ce financement, la ministre irait chercher dans les failles du 2e pilier des pensions, celui des pensions complémentaires.

En effet, la pension complémentaire est moins imposée que les revenus. Pour la ministre, le système des pensions complémentaires est trop favorable, notamment pour les pensions les plus hautes: ‘Les pensions complémentaires sont fortement subsidiées, fiscalement et socialement. Or on constate que ces subsides se concentrent autour de quelques pensions très élevées. Il est donc plus que de temps de réformer ce régime pour mettre un terme au dérapage budgétaire lié au 2e pilier des pensions’, a-t-elle déclaré. Un dérapage de l’ordre de 2 milliards d’euros selon la ministre. Le compte est bon.

Karine Lalieux est accusée de financer sa réforme en mettant en concurrence les bénéficiaires des deux piliers. ‘Faux’, a très vite réagi la ministre. Selon la socialiste, d’une part, la pension minimum qui augmentera de 22% d’ici 2024, est déjà financée. Sa réforme vise l’après-2024. Ensuite, elle estime que ce n’est pas un système de vase communicant, mais une forme de solidarité et de justice fiscale: ‘En 2017, 1% des retraités ont bénéficié de 20% du montant total des pensions complémentaires versées, tandis que 70% des retraités ont perçu ensemble 10% des pensions complémentaires versées’, argumente-t-elle, toujours pour Belga. ‘Ces excès sont injustes par rapport à ceux qui cotisent une partie de leur salaire pour investir dans leur pension complémentaire. Nous n’allons pas toucher au pouvoir d’achat des pensions des classes moyennes.’

‘Une attaque contre la Flandre’

Elle répond ici à une crainte des libéraux flamands. Egbert Lachaert, le président de l’Open VLD, a hâtivement réagi aux informations de la presse flamande suite aux critiques des nationalistes. Ce n’est pas ce qui était prévu dans l’accord de gouvernement: ‘Les pensions complémentaires sont importantes pour assurer une pension décente à beaucoup de personnes. Dans l’accord de coalition, il a été convenu d’étendre ce réseau. Cela ne sera pas réalisé en créant des troubles ou en augmentant des charges.’

La N-VA tire, elle, à boulets rouges contre ‘une nouvelle taxe de la Vivaldi’ qui touche d’abord les Flamands. En effet, 80% des pensions complémentaires se trouvent au nord du pays.

En fait la ministre s’appuie sur une note non-officielle du Conseil supérieur des finances qui pointait du doigt plusieurs carences dans le 2e pilier. Des carences qui coutent de l’argent au gouvernement.

Le débat politique est lancé dans un dossier hypersensible. Une piste évoquée pour financer le système des pensions à long terme est de faire travailler les gens plus longtemps. Or, un récent rapport de l’université de Gand estime qu’un Belge travaille en moyenne 34 ans, un Néerlandais 41, un Suédois 42. Rappelons toutefois que ce rapport ne tient pas compte du nombre d’heures prestées par semaine. Enfin, la comptabilisation du nombre d’années de travail peut se faire différemment selon les pays.