Nouvelles tensions entre l’Inde et la Chine : pourquoi deux puissances nucléaires sont prêtes à en découdre en plein Himalaya

L’Inde signale une nouvelle escarmouche entre ses soldats et ceux de la Chine dans l’Himalaya, alors que le secteur était relativement calme depuis 2021. Le tracé de la frontière cause toujours des tensions entre les deux puissances asiatiques rivales, qui se sont déjà affrontées par le passé.

Pourquoi est-ce important ?

L'Armée populaire de Libération (APL), l'armée chinoise, n'est pas sur le qui-vive que dans le détroit de Taïwan. L'Empire du Milieu est en conflit sur plusieurs de ses frontières, maritimes ou terrestres, et les tensions peuvent toujours ressurgir, même en plein Himalaya.

Dans l’actualité : des troupes indiennes et chinoises se sont à nouveau affrontées le long de la frontière entre les deux pays, dont le tracé, en haute montagne, est contesté. C’est le premier accident de ce type reporté depuis deux ans.

  • Le ministère indien de la Défense a publié un communiqué dans lequel il décrit des affrontements – apparemment à main nue – entre soldats indiens et chinois. Ces derniers auraient contacté » la ligne de contrôle effectif (line of actual control, LAC) qui sépare les deux pays, où ils auraient été reçus par les Indiens « de manière ferme et résolue », cite CNN.
  • L’incident ne semble avoir causé que des blessures légères, selon le ministère indien. Mais en 2020, un épisode similaire avait provoqué la mort d’au moins 20 soldats indiens et de quatre soldats chinois, car la bagarre avait dégénéré en bousculade nocturne aux bords d’un ravin.
  • Les deux parties se sont « immédiatement désengagées de la zone » et les commandants respectifs des pays ont tenu une réunion pour discuter de la question « conformément aux mécanismes structurés pour rétablir la paix et la tranquillité », selon le communiqué. La Chine n’a pas encore commenté officiellement l’incident.

Escarmouches à coup de pierres et de gourdins

Le contexte : deux grandes puissances nucléaires qui partagent une frontière contestée.

  • La frontière sino-indienne est issue de partages coloniaux que Pékin ne reconnait pas et, après plusieurs expéditions armées de part et d’autre dans l’Himalaya, les deux pays entrent en guerre en 1962. L’armée indienne est bousculée et la Chine occupe différents territoires qu’elle revendiquait dans les hauts plateaux de l’Himalaya.
  • Depuis, les deux pays, devenus des puissances nucléaires, tiennent un statu quo maintenu par des troupes déployées de part et d’autre de la LAC, la frontière de 3.379 km de long dont la Chine ne reconnait toujours pas le tracé.
  • Depuis 2020, les tensions ont grimpé d’un cran dans la région, en particulier depuis le mois de mai, quand des forces chinoises se sont opposées à la construction d’une route indienne dans la vallée de la rivière Galwan.
  • Des soldats chinois ont multiplié les incursions dans une stratégie qui a été qualifiée de « technique des tranches de salami » par Ashley J. Tellis, expert en sécurité internationale et membre du Carnegie Endowment for International Peace. Les Chinois s’approprient des petits bouts de territoires voisins, parfois sur des années, en maintenant le niveau de tension bas et en mettant leur adversaire devant le fait accompli. La peur de la surenchère empêche généralement toute réaction en force.
  • Les Indiens jouent le jeu et rendent coup pour coup, littéralement. Pour éviter toute escalade dans les affrontements, ceux-ci se font en général à main nue, voire avec des gourdins ou des pierres.
  • Ça n’empêche pas les pertes : plusieurs dizaines de soldats de part et d’autre auraient trouvé la mort depuis 2020, et plusieurs centaines auraient été blessés. Une létalité due, il est vrai, en large partie, à l’environnement : à plus de 5.000 m d’altitude, il est arrivé que des soldats, parfois blessés, se perdent, chutent mortellement, voire meurent de froid dans la montagne.
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