Ça y est ! Il existe une taxe sur les salaires de CEO

La ville de Portland, dans l’Etat américain de l’Oregon, vient d’innover : elle a créé une nouvelle taxe sur les sociétés basée sur la rémunération de leur dirigeant. Cette taxe annuelle s’appliquera dès le 1er janvier prochain sur les entreprises qui versent une rémunération à leur CEO au moins égale à 100 fois le salaire médian (la moitié des salariés gagnent plus que ce salaire, ceux de l’autre moitié gagnent moins) observé dans l’entreprise. Elle représentera 10 % du montant d’impôts que la société doit à la ville, et passera même à 25 % de cette assiette pour les entreprises dont le dirigeant perçoit un salaire supérieur à 250 fois le salaire médian.Selon la municipalité, près de 500 entreprises cotées pourraient être soumises à cette nouvelle taxe, dont Wells Fargo, Walmart et General Electric. Les recettes correspondantes pour la ville atteindront au moins 2,5 millions de dollars dès la première année.L’Etat de Californie avait lui-même tenté d’introduire une taxe similaire en 2014, mais sans succès. Les syndicats patronaux ont fait savoir qu’ils s’opposaient à cette mesure, estimant qu’elle risque d’affecter les entreprises de manière injuste.

La taxe sur les CEO est une idée de Thomas Piketty

Steve Novick, l’administrateur démocrate de la ville de Portland qui a eu l’idée de cette taxe, explique qu’elle vise à résoudre le problème des inégalités de revenus. Il s’est inspiré de l’économiste français Thomas Piketty, qui affirme que les rémunérations exorbitantes de certains dirigeants d’entreprises contribuent à généraliser les inégalités de revenus.Dans le New York Times, celui-ci a d’ailleurs indiqué qu’il soutenait l’idée de la mairie de Portland, mais qu’il regrettait que le seuil d’imposition soit aussi élevé. « Le seuil des 100 fois devrait être substantiellement abaissé », écrit-il dans un email au journal.Selon Piketty, le capitalisme n’est pas un système dans lequel tout le monde a sa chance, mais un système dans lequel toute la richesse est concentrée dans les mains des héritiers d’une petite aristocratie financière.Pour Piketti, la solution consiste donc à augmenter la fiscalité des grandes fortunes en leur imposant une taxe de 15% afin de compenser ces inégalités, et une taxation confiscatoire (80 %) des salaires de plus de 500 000 dollars. Pour que ces mesures fonctionnent, il faut une transparence totale sur toutes les transactions bancaires. Enfin, il est également nécessaire de relancer l’inflation pour réduire le rendement du capital.