‘Si je savais quelque chose utile à ma patrie et qui fût préjudiciable à l’Europe, je le regarderais comme un crime’

L’inflation, le ralentissement de l’activité industrielle, des dettes souveraines qui dépassent le PIB dans beaucoup de pays occidentaux, et les bulles spéculatives sur des actifs improductifs comme les matières premières ou le franc suisse, sont autant de signes avant-coureurs d’un prochain krach de l’économie mondiale. Les sombres perspectives économiques actuelles, se doublent d’une vague de bouleversements géopolitiques, tels que les révolutions du Printemps Arabes, la mort de Ben Laden, et les catastrophes au Japon. Décidément, le XXIème siècle est celui de la mondialisation, mais aussi des risques qu’elle induit, et qui font que plus aucun évènement ne peut n’avoir qu’une résonnance locale.

Or, malgré ce contexte mouvant, les gouvernements hésitants peinent à imaginer les solutions adaptées et se rabattent sur des recettes éculées qui ne fonctionnent plus. Les Etats Unis s’échinent à mettre en place les réformes nécessaires pour endiguer leur endettement ; la dette du Japon paralysé explose ; en Europe, le nouveau plan de sauvetage de la Grèce ne permet qu’un répit provisoire et ne traite pas les problèmes de fond. Tôt ou tard, des crises de la dette referont leur apparition dans les pays de la périphérie.

Tous ne considèrent que des solutions de court terme, et finalement, rien n’est fait pour assurer la stabilisation de l’économie globale. Les Etats n’assurent plus leur rôle de gestion des risques, et ne prennent pas les mesures d’ampleur qui permettraient de préparer l’avenir, et de faire face aux enjeux tels que le vieillissement de la population, l’altération de l’environnement, l’augmentation de l’interdépendance de pays parallèlement de plus en plus concurrents.

« L’Etat doit responsabiliser et coordonner les acteurs économiques et sociaux tout en transférant certaines compétences de souveraineté au plan international », écrit l’historien et économiste Nicolas Baverez, dans le Monde. Pour lui, l’Europe est la solution aux problèmes du 21ème siècle. Elle doit assurer son rôle et permettre de dépasser les réalités nationales pour faire cesser les illusions et assumer en toute franchise la situation économique, mettre fin au recours à l’endettement pour financer la croissance, rétablir la solidarité financière pour empêcher les défauts d’un de ses membres, faire respecter les critères de Maastricht, et protéger la Banque Centrale.

« L’Europe ne peut plus être le bouc émissaire de l’impuissance des gouvernements nationaux ; elle doit être repensée, assumée et ancrée dans la conscience des citoyens comme le gestionnaire des risques systémiques. », écrit-il, citant Montesquieu comme ligne de conduite : « Si je savais quelque chose utile à ma patrie et qui fût préjudiciable à l’Europe (…) et au genre humain, je le regarderais comme un crime. »

 

(Citation originale de Montesquieu : « Si je savais quelque chose qui me fût utile, et qui fût préjudiciable à ma famille, je la rejetterais de mon esprit. Si je savais quelque chose utile à ma famille et qui ne le fût pas à ma patrie, je chercherais à l’oublier. Si je savais quelque chose utile à ma patrie et qui fût préjudiciable à l’Europe, ou bien qui fût utile à l’Europe et préjudiciable au genre humain, je la regarderais comme un crime. »

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