Qu’est-ce que l’immunité ‘croisée’, qui offre un nouvel espoir face à la pandémie?

La rue Neuve, au premier jour de la réouverture des magasins (Isopix)

Depuis le début de la crise du coronavirus, on a beaucoup parlé de l’immunité ‘collective’, moins de l’immunité ‘croisée’. Cette hypothèse, défendue par certains scientifiques, avance qu’une partie de la population pourrait avoir développé des anticorps efficaces contre le Covid-19 sans pour autant avoir été exposée au SARS-CoV-2, mais bien à d’autres coronavirus.

Alors que le déconfinement est amorcé en Belgique, comme dans un certain nombre d’autres pays, on ne voit toujours pas venir la tant redoutée ‘seconde vague’ épidémique. Si la grande majorité de la communauté scientifique estime que cela est dû au respect des mesures par la population, une poignée de chercheurs avancent que l’épidémie pourrait en réalité être sur le point de se terminer. Selon eux, le virus aurait contaminé la plupart des personnes qui pouvaient l’être, les autres étant en fait déjà immunisées, sans même avoir été exposées au nouveau coronavirus.

Précisons d’emblée qu’il est encore trop tôt pour affirmer qu’il n’y aura pas de ‘seconde vague’. À ce titre, la Belgique traverse une semaine décisive puisque les jours qui viennent doivent montrer si l’autorisation des contacts sociaux, limités à quatre personnes depuis le 10 mai, a provoqué ou non une hausse significative du nombre des contaminations.

‘Nous avons déjà l’impact de la phase 1A du 4 mai et nous ne constatons pas de modification des différents paramètres que nous suivons’, a indiqué le virologue Yves Van Laethem en conférence de presse lundi. ‘Par contre, pour cette phase 1B qui a commencé le dimanche 10 mai, c’est encore difficile à estimer. Les premières évaluations restent totalement positives ces derniers jours. Ce week-end, on n’a ainsi rien remarqué de spécial. Mais c’est au cours de la semaine et des dix jours qui viennent qu’on aura la pleine évaluation de l’impact actuel des mesures prises les 10 et 11 mai’.

Immunité ‘croisée’?

Mais revenons à l’immunité croisée. Comme le relate un article des Echos, une étude américaine parue dans la revue spécialisée Cell affirme que 40 à 60% de la population des États-Unis pourrait être immunisée contre le Covid-19.

Pour déterminer cela, les chercheurs ont identifié plusieurs types d’anticorps développés par des patients guéris du Covid-19. Or, certaines de ces cellules immunitaires étaient également présentes chez des personnes qui n’ont pourtant jamais été exposées au SARS-CoV-2. Celles-ci pourraient avoir été développées au contact d’autres coronavirus moins dangereux pour l’homme, selon ces scientifiques. On parle dès lors d’immunité ‘croisée’.

Selon les défenseurs de cette hypothèse, il serait donc faux de considérer que l’ensemble de la population peut contracter le Covid-19. ‘Une partie non négligeable de la population pourrait ne pas être sensible au coronavirus, parce que des anticorps non-spécifiques de ce virus peuvent l’arrêter’, explique l’épidémiologiste français, Laurent Toubiana, à l’AFP.

Une étude suisso-américaine, publiée dans la revue Nature, accrédite également la thèse de l’immunité croisée. Elle affirme avoir découvert un anticorps ‘prometteur’ en travaillant sur l’épidémie de Sras de 2003, un autre coronavirus.

‘En hôpital, une grande majorité des médecins n’ont pas été touchés du tout’

Le concept d’immunité ‘croisée’ n’est pas propre au nouveau coronavirus. Il est par exemple à l’œuvre face à la grippe, un virus qui mute chaque année mais face auquel certaines personnes résistent mieux que d’autres grâce à leur mémoire immunitaire.

Avec beaucoup de prudence, le médecin urgentiste, Yonathan Freund estime que l’immunité croisée pourrait effectivement être une hypothèse valable dans le cadre de l’épidémie actuelle. ‘Aux urgences et à l’hôpital, on est particulièrement exposés. Si le virus circulait autant qu’avant et qu’on était tous susceptibles d’être touchés, on se serait contaminés entre nous ou on l’aurait été par les malades. Or, une grande majorité des médecins n’ont pas été touchés du tout. C’est de la pure spéculation, mais ça pourrait vouloir dire que des gens ont une immunité naturelle ou acquise.’

8,4% du personnel hospitalier en Belgique a développé des anticorps

Les propos du docteur Freund font écho à l’étude dévoilée ce mardi par l’Institut belge de santé Sciensano et l’Institut de Médecine Tropicale (ITG) à Anvers.

Selon celle-ci, 8,4% des professionnels de la santé travaillant dans les hôpitaux belges ont développé des anticorps contre le Sars-Cov-2. Notons que ces résultats concernent des infections qui ont eu lieu au moins deux semaines avant les prélèvements d’échantillon, effectués entre le 6 et le 10 mai.

C’est certes deux fois plus que dans la population en générale (4,3%), mais Sciensano relève que le taux est plus faible que ce qui était attendu, en regard de la surexposition du personnel hospitalier au virus.