Qu’est-ce que la norme ?

Au lendemain du jour des élections américaines, « Ce n’est pas normal » est devenu le cri de ralliement des opposants de Donald Trump. Certaines voix se sont élevées pour mettre en garde contre une couverture médiatique qui normaliserait le président élu.

Sur YouTube, la séquence de l’humoriste et présentateur de télévision américain, John Olivier, où ce dernier affirme que « Trump n’est pas normal », a été vue plusieurs millions de fois. Des t-shirts arborant le message « This is not normal » ont même été commercialisés. En juillet dernier, alors que plusieurs critiques estimaient que les tweets intimidants du nouveau président des Etats-Unis n’étaient pas normaux, Trump avait rétorqué que « son usage des médias sociaux n’est pas présidentiel mais bien PRESIDENTIEL MODERNE ».

« Toutefois, nous nous trouvons peut-être face à une vérité dérangeante : même les comportements les plus odieux sont susceptibles de devenir la norme. Le comportement de Trump pourrait-il par conséquent devenir quelque chose de normal », écrit The Atlantic.

La réponse à cette interrogation tient en partie dans ce que nous définissons comme normal.

Normalité

Selon plusieurs recherches, notre perception de la norme reflète non seulement ce que nous croyons être la moyenne, mais également notre perception de ce qui est idéal. Lors d’une expérience, des sujets ont estimé que trois heures était une durée normale pour regarder la télévision. 2,3 heures était la quantité considérée comme idéale et 4 heures la quantité décrite comme moyenne. Mais ce que les personnes estiment normal ou typique dépend aussi de leur connaissance. Lors d’une étude antérieure, des sujets non-experts considéraient qu’un arbre était typique lorsqu’il leur était familier tandis que les experts le considéraient typique lorsqu’il était normativement idéal.

Notre sens de l’idéal peut évoluer. Les enfants, qui à l’âge de trois ans ont une idée de ce qu’est un comportement normal, sont enclins à considérer un comportement aléatoire comme la norme et ce, même sans y être encouragés. Chez les adultes, de nouvelles normes peuvent émerger avec une rapidité surprenante. Lors d’une étude de l’Université de Pennsylvanie, on a demandé aux membres d’un réseau social de regarder des images d’adultes et de les nommer. Chaque participant a partagé avec les autres le nom qu’il suggérait et l’ensemble du réseau est arrivé à un consensus. Cette conclusion aide à comprendre comment des noms peu courants deviennent normaux 20 ans plus tard.

Les normes peuvent changer en ce qui concerne les sujets plus dérangeants. Ainsi, lorsque l’on a montré à un groupe de femmes un film présentant le harcèlement comme un comportement romantique, pour certaines, cette représentation a normalisé ce comportement. Par la suite, elles ont témoigné d’une attitude plus permissive à l’égard du harcèlement. Dans une autre étude, lorsque l’on a affirmé à des personnes qu’une opinion raciste avec laquelle elles étaient en désaccord, était en fait un point de vue populaire, elles ont eu tendance à moins condamner ceux qui avaient publiquement souscrit à cette idée.

Enfin, l’exposition à des opinions extrêmes peut modifier la norme. 1.000 sujets à qui l’on avait présenté des opinions politiques radicalement conservatrices ou libérales (interdiction de l’immigration ou une tolérance totale vis-à-vis celle-ci) ont vu leur position centriste se déplacer vers l’un de ces extrêmes.

Les normes peuvent donc s’adapter à la déviance. Cependant, si Trump veut être vu comme quelqu’un de normal sous un jour moderne, une voie plus simple pour y parvenir serait de se rapprocher des normes existantes plutôt que d’attendre que ces dernières évoluent en fonction de lui.