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La Chine se retrouve confrontée à un problème que l’on avait presque oublié ici en Europe : le manque d’inflation

La Chine se retrouve confrontée à un problème que l’on avait presque oublié ici en Europe : le manque d’inflation
Photographer: Qilai Shen/Bloomberg via Getty Images

Divisée par trois depuis janvier : l’inflation ralentit fortement en Chine. La deuxième économie du monde pourrait ainsi basculer vers la déflation, un marasme économique redouté. Peut-il encore l’éviter ?

Pourquoi est-ce important ?

Trop d'inflation, comme depuis plus d'un an en Europe, n'est pas bon pour l'économie. Mais pas assez ne l'est pas non plus. La baisse continue des prix peut aussi faire tomber l'économie dans une récession. Avec le risque de déflation, un problème auquel l'Europe était confrontée jusque-là.

Les faits : l’inflation en Chine est particulièrement basse.

  • L’inflation affiche 0,7% en mars en Chine, par rapport au même mois de l’année précédente. En février, elle était de 1%, et de 2,1% en janvier.
    • Des chiffres diamétralement opposés à ceux de l’Occident, où les Banques centrales sont sur le pont pour essayer de réduire l’inflation. Pour la zone euro, elle affiche par exemple 6,9%, en mars. 5% aux États-Unis. La hausse des prix ralentit depuis quelques mois, mais l’inflation sous-jacente est toujours en hausse.
Indice des prix à la consommation en Chine, glissement annuel : bleu. Bureau national des statistiques.
  • L’indice des prix à la production dans l’industrie est en chute en Chine. En mars, il affichait -2,5%, en glissement annuel. C’est-à-dire qu’il ne s’agit pas d’une hausse des prix qui ralentit, mais carrément d’une baisse des prix. Cela fait six mois de suite que ce taux est en dessous de 0.
Indice des prix à la production en Chine, glissement annuel : bleu. Bureau national des statistiques.
  • Un ralentissement ou une baisse des prix qui persiste malgré des baisses des taux de la part de la Banque populaire de Chine (banque centrale). L’abandon des mesures de confinement, en décembre, ne semble pas non plus donner un coup de pouce aux prix, comme c’était le cas ailleurs dans le monde.

Le problème pour l’économie

L’essentiel : vers la déflation ?

  • D’abord : pourquoi les prix sont dans le mou ? Les consommateurs mettent de l’argent de côté (au lieu de dépenser) et prennent moins de risques (prêts), et les entreprises investissent aussi moins. En cause : des inquiétudes face aux incertitudes économiques.
  • Cette situation pourrait continuer à s’aggraver, jusqu’à provoquer de la déflation. C’est-à-dire une période durant laquelle les prix sont continuellement en baisse. C’est un cercle vicieux : les consommateurs vont attendre que les prix baissent avant d’acheter, et provoquer de nouvelles chutes des prix.
  • Dans ce contexte, les entreprises deviennent moins rentables, ce qui peut entraîner des problèmes comme des licenciements et une chute de la croissance.
  • « Pour décrire en un mot la situation économique actuelle de la Chine, la déflation a commencé et l’économie est entrée en récession », analyse Liu Yuhui, professeur d’un think tank lié au gouvernement, l’Académie chinoise des sciences sociales, relayé par CNN.
    • Il note également que les ménages, souvent lourdement endettés, n’ont pas la volonté (ou la capacité) de dépenser beaucoup d’argent. Tout comme les gouvernements locaux. « En raison de la question du bilan (des actifs et des passifs, NDLR) personnel, la volonté d’utiliser le crédit par différents sujets dans l’ensemble du système économique s’effondre rapidement », continue Liu Yuhui.

Le détail : les fameux 2% d’inflation.

  • Comme nous venons de le voir, la déflation est une situation néfaste pour l’économie. Mais comme nous en faisons l’expérience depuis plus d’un an et demi, une inflation trop forte l’est aussi. Les prix élevés font aussi que les consommateurs réduisent les achats, et les entreprises sont mises à mal avec une importante hausse des coûts.
  • L’idéal, selon les Banques centrales du monde, serait ainsi une inflation à 2%. Assez pour booster la machine économique, sans provoquer de dégâts. Avant la crise actuelle, l’Europe faisait face au spectre de la déflation, et ne savait pas trop comment en sortir. La politique accommodante des banques centrales et la crise énergétique a complètement inversé la donne, de manière assez incontrôlable, après coup.

Quelles solutions pour Pékin ?

À l’avenir : injecter de l’argent pour contrer la tendance ?

  • C’est ce que clame Li Daokui, ancien conseiller de la Banque populaire et professeur d’économie à l’université de Tsinghua, cité par CNN. L’enveloppe à mettre sur la table par les autorités : 500 milliards de yuans (environ 70 milliards d’euros), distribués sous forme de bons de consommation à la population.
  • Son calcul : « Même avec une estimation prudente, 500 milliards de yuans de bons de consommation entraîneront un mille milliards de yuans de consommation globale. » Via cette consommation globale, l’État verrait 300 milliards de yuans revenir dans ses poches, sous forme de taxes. Finalement, il ne devrait donc injecter que 200 milliards, selon l’économiste. « Alors pourquoi ne pas le faire ? », plaide-t-il.
  • C’est en tout cas dans les habitudes de Pékin d’injecter des grosses enveloppes pour booster l’économie, notamment dans la construction et l’infrastructure. Si la dynamique des prix bascule vraiment du côté de la déflation et que cela se fait sentir dans la croissance de la deuxième économie du monde, le gouvernement devrait sans doute réagir.
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