Près de la moitié des députés néerlandais utilisent l’IA pour rédiger leurs discours


Principaux renseignements

  • Près de la moitié des députés néerlandais utilisent l’IA pour rédiger leurs interventions lors des débats parlementaires.
  • Les nouveaux députés ont davantage recours à ces outils d’automatisation que les députés expérimentés.
  • Les experts avertissent que les débats rédigés par des machines mettent en péril l’intégrité démocratique.

Une enquête menée par De Groene Amsterdammer et Investico révèle qu’une part importante des députés néerlandais utilise l’IA pour rédiger leurs interventions lors des débats législatifs. En analysant les transcriptions des neuf premiers mois de l’année, les chercheurs ont constaté qu’au moins 68 des 150 députés avaient prononcé des discours d’ouverture dont plus de 50 pour cent du contenu avait été produit par des outils tels que ChatGPT ou Claude.

Utilisation généralisée dans tous les partis

Grâce au logiciel de détection d’IA Pangram, l’analyse a révélé que près de 300 interventions distinctes avaient été en grande partie rédigées par des machines. Cette tendance est généralisée : des remarques générées par l’IA ont été relevées dans près des deux tiers de toutes les séances parlementaires.

C’est le parti BBB qui a affiché le taux d’utilisation le plus élevé, l’IA ayant contribué à 30 pour cent de ses discours, suivi du VVD, de Mona Keijzer et du Groupe Markuszower. À l’inverse, les députés de Volt, du SP et du PvdD ont totalement évité d’utiliser ces outils.

Utilisateurs assidus

L’utilisation variait d’une personne à l’autre : Esmah Lahlah, ancienne membre du PRO et actuelle conseillère municipale d’Amsterdam, a été identifiée comme l’utilisatrice la plus assidue, ayant eu recours à l’IA dans 80 pour cent de ses résumés de débats. Parmi les autres utilisatrices de premier plan figuraient notamment Wendy van Eijk (VVD), Fatimahzra Belhirch (D66) et Rachel van Meetelen (PVV).

Les données indiquent que l’IA est particulièrement populaire auprès des nouveaux venus et des élus moins connus : la moitié des utilisatrices fréquentes n’ont rejoint le Parlement que l’année dernière.

Réactions mitigées des responsables politiques

Alors que certains élus ont admis utiliser des chatbots pour synthétiser leurs textes, d’autres ont exprimé leurs regrets. Peter van Duijvenvoorde, du FvD, a qualifié son utilisation passée de l’IA de « déshonorante » et « embarrassante », et a déclaré avoir cessé de s’en servir afin de développer sa propre voix.

Harmen Krul, du CDA, a également fait part de ses inquiétudes quant à l’impression que ses discours pourraient donner d’être entièrement automatisés.

Inquiétudes du monde universitaire quant à l’intégrité démocratique

Des experts universitaires ont mis en garde contre les conséquences potentielles de ces conclusions. Tom Dobber, professeur à l’Université d’Amsterdam, a affirmé que l’utilisation de l’IA dans les débats parlementaires était plus préjudiciable à l’intégrité démocratique que son utilisation sur les réseaux sociaux.

Marc van Oostendorp, de l’université Radboud, partage ces inquiétudes. Il s’est interrogé sur l’utilité d’un organe législatif si ses membres se contentent de lire des textes générés par des machines. (lv)

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