Poussée par la demande croissante pour les batteries électriques, l’exploitation minière en haute mer représente des dangers pour la vie maritime

La demande croissante pour les batteries électriques pousse les entrepreneurs à extraire toujours plus de matières premières et donc, à développer leurs opérations minières sur terre, mais aussi en haute mer. Mais cette nouvelle expansion pourrait bien avoir des conséquences sur la vie maritime. Un aspect qui passe souvent inaperçu ou qui est tout simplement méprisé.

À mesure que le parc automobile s’électrifie et que les gadgets connectés se multiplient, la demande en nickel, cobalt et cuivre croît et, en raison d’une présence inégale sur le globe, de problèmes géopolitiques – tels que la guerre en Ukraine – ou simplement de soucis au sein de la chaine d’approvisionnement, la production actuelle ne peut répondre à la demande. C’est pourquoi les extracteurs veulent étendre leurs opérations minières en dehors des terres et s’établissent en haute mer. Une extension qui n’a pas que des aspects positifs : elle pourrait en effet avoir un impact important sur la vie maritime.

Un impact environnemental méprisé

L’avidité de l’homme ne se limite pas aux terres. La haute mer lui fait de l’œil. Il l’exploite d’ailleurs déjà à diverses fins (nourriture, dragage, l’exploration pétrolière et gazière) et veut depuis quelques années déjà aller plus loin et ratisser les fonds marins à la recherche de nickel, cobalt et cuivre. Un rêve qui pourrait bien devenir réalité dès l’année prochaine, et ce, en dépit des conséquences sur la faune et la flore.

Car oui, le dragage sans ménagement des fonds marins à coup de mines aura sans nul doute des conséquences sur la vie marine locale, mais pas seulement. Le bruit provoqué par les explosions des mines pourrait se faire entendre jusqu’à des centaines de kilomètres de distance du lieu d’exploitation, selon une analyse menée par des scientifiques d’Oceans Initiative, une association américaine à but non lucratif pour la préservation de la vie maritime, de l’Institut national des sciences et technologies industrielles avancées (AIST) du Japon, de l’Université Curtin d’Australie et de l’Université d’Hawaï.

La pollution sonore d’une seule mine pourrait en effet parcourir jusqu’à 500 km dans des conditions météorologiques clémentes, ont-ils affirmé dans leur article publié dans la revue Science. Ils ont également déterminé que si les 17 entrepreneurs qui ont obtenu une licence pour exploiter la zone Clarion-Clipperton (CCZ), qui s’étend sur 4,5 millions de kilomètres carrés entre le Mexique et Hawaï et qui regorge de masses riches en minéraux appelées nodules polymétalliques, lançaient tous une mine dans la zone, les niveaux de bruit dans un rayon de 4 à 6 km de chacune pourraient dépasser les seuils fixés par l’US National Marine Fisheries Service pour protéger les mammifères marins.

La vie des mammifères marins perturbée

Plusieurs espèces d’animaux marins sensibles au bruit, notamment les rorquals communs, en voie de disparition, vivent en effet dans ces eaux. Ces baleines utilisent le son et les vibrations pour naviguer, communiquer et détecter les prédateurs en l’absence de lumière. Donc, en cas de pollution sonore imputée aux mines et supérieure aux seuils fixés, elles pourraient être perturbées.

« Les profondeurs marines abritent potentiellement des millions d’espèces qui n’ont pas encore été identifiées », a déclaré Travis Washburn, écologiste des profondeurs marines à l’AIST. Et bien que nous manquons de données sur l’impact du bruit sur la faune maritime, il est préférable d’éviter de provoquer des perturbations sur la faune et la flore locale en imposant des limites.

Selon les chercheurs, l’impact de la pollution sonore de l’exploitation minière en haute mer est « sous-étudié et négligé ». Laisser faire sans mettre en place des normes rigoureuses et transparentes « représenterait le début d’une expérience à grande échelle et incontrôlée », selon le rapport. Les chercheurs exhortent l’Autorité internationale des fonds marins (ISA) à appliquer le « principe de précaution » et donc à limiter le fonctionnement conjoint de mines jusqu’à ce que l’impact de la pollution sonore soit pleinement déterminé.

« Nous n’avons pas pu faire les études, mais si les opérations minières se poursuivaient simultanément, cela pourrait avoir un impact important sur tout un tas d’organismes », ont en effet indiqué les chercheurs.

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