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Pourquoi nous ne sommes pas prêts d’embarquer dans des avions sans pilote

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11/10/2019 | Audrey Duperron | 4 min de lecture

Les avions sans pilote semblent voués à devenir la prochaine disruption de l’aviation. Cette année, au salon du Bourget, les deux avionneurs Airbus et Boeing ont tous deux invité les régulateurs de l’aviation à préparer les vols commerciaux d’avions autonomes. Pourtant, même si l’idée peut sembler séduisante, nous ne sommes pas prêts d’embarquer dans de tels avions. 

La forte croissance de la classe moyenne asiatique accroît le marché des transports aériens, et les compagnies aériennes devront recruter plus de 800 000 nouveaux pilotes sur les 20 prochaines années. Cependant, il y a déjà trop peu de pilotes aujourd’hui, et cette pénurie devrait donc s’intensifier. Un tel contexte semble très propice pour les avions sans pilote. 

Des dizaines de milliers de suppressions d’emplois

Mais toute innovation faisant invariablement des gagnants et des perdants, il faut s’attendre à ce que leur arrivée détruise des emplois, à commencer par ceux des dizaines de milliers de pilotes. Or, ces derniers sont représentés par des syndicats puissants, comme l’Association des pilotes de ligne (Alpa), qui compte 63 000 membres. Ces syndicats s’opposeront à ces destructions d’emplois. Et ils seront rejoints par les écoles de pilotage, qui emploient elles aussi des dizaines de milliers de personnes, elles aussi concernées par ces suppressions d’emplois. 

Une nouvelle inconnue : l’assurance

Un avion tel que le Boeing 777 coûte plus de 300 millions de dollars. On ne connaît pas les tarifs que les compagnies d’assurance pratiquent pour couvrir les aéronefs, mais cela représente des milliards de dollars pour l’ensemble du secteur. Il s’agit donc d’un poste déterminant pour une compagnie aérienne.

Compte tenu qu’une erreur humaine est invoquée dans la plupart des crashes aériens, ces derniers devraient théoriquement se raréfier avec l’introduction des avions sans pilote. En conséquence,  ces primes devraient baisser.  

Mais ce n’est pas si évident. Les avions actuels ont largement recours à des algorithmes – des millions de lignes de code – pour voler. Or, la programmation comporte le risque de la présence de bugs, et créée une vulnérabilité à l’égard des cyber-criminels. Les algorithmes de pilotage des avions sans pilote comprendront des millions de lignes de code supplémentaires, donc de nouveaux risques susceptibles de mener à une catastrophe aérienne.

Les primes d’assurance qui s’appliqueront sur ces avions sont donc difficiles à évaluer, ce qui introduit une inconnue dans les prévisions financières des compagnies aériennes. 

Les avions sans pilote ne seront pas sans pilote

Les salaires des pilotes représentent également un gros budget pour les compagnies aériennes. Selon la banque UBS, leur suppression permettrait à ces dernières d’économiser plus de 35 milliards de dollars (environ 32 milliards d’euros) par an.

Mais il serait hasardeux de ne compter que sur une personne pour reprendre les commandes en cas de problème. C’est pourquoi Boeing et Airbus planchent sur des cockpits dotés d’un pilote et supervisés à distance. 

De ce fait, les avions sans pilote, qui comporteront tout de même forcément au moins un aviateur, ne seront pas une si grande aubaine pour les compagnies aériennes, et beaucoup d’entre elles préféreront sans doute conserver leurs avions conventionnels


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