Pourquoi le débat sur l’autonomie de la Corse tombe au mauvais moment, pour la France comme à l’international

L’expression peut paraitre inappropriée en ces temps troublés, mais c’est une véritable bombe qu’ont lâché Emmanuel Macron et son gouvernement en évoquant de possibles discussions sur un statut d’autonomie de la Corse. L’Île de Beauté est en effet en proie à une forte flambée de violences depuis quelques jours, et ce dimanche, une manifestation a viré à l’émeute avec un bilan de 93 blessés dont 70 membres des forces de l’ordre.

C’est donc un nouvel enjeu qui s’immisce dans une drôle de campagne présidentielle. Mais cette affaire purement nationale, bien que corsico-française, pourrait avoir de répercussions au-delà des frontières de l’Hexagone, tout en tombant un peu au pire moment possible.

Un débat motivé par un « fait divers » dramatique ? Si la Corse refait la une de l’actualité et que l’île semble sur le point de renouer avec la contestation violente, c’est, au départ, en réaction à l’agression en prison de Yvan Colonna, surnommé le « berger de Cargèse », un indépendantiste corse reconnu coupable et condamné à la réclusion à perpétuité pour l’assassinat du préfet de Corse Claude Erignac en 1998. Colonna a été lui-même victime d’une tentative d’assassinat par un codétenu le 2 mars 2022, ce qui l’a laissé dans un état critique. Alors que la mémoire de Colonna divise, mais que certains Corses le considèrent comme un héros, cette affaire a déclenché les troubles actuels, rendant le contexte très tendu pour toute négociation politique.

Une élection présidentielle qui se rapproche. Qu’est ce qui est passé par la tête de Macron pour considérer pertinent de parler d’autonomie maintenant ? Le débat autour du scrutin présidentiel d’avril prochain est déjà fort occupé par la guerre en Ukraine, et plutôt en sa faveur car plusieurs de ses rivaux, très à gauche comme très à droite, (Mélenchon, Zemmour, Le Pen) sont en difficulté à cause de leurs positions anti-OTAN voire pro-Poutine. Pourtant, son gouvernement le suit, comme son ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin: « Nous, nous sommes prêts à aller jusqu’à l’autonomie. Voilà, le mot est dit. Après la question est de savoir ce qu’est cette autonomie. Il faut qu’on en discute. » Une manière d’appeler au calme en promettant de lâcher du lest, de peur que les violences ne se prolongent et entachent la présidentielle ? Peut-être. Mais c’est prendre le risque de les voir reprendre tout de suite après si Macron est réélu et qu’il fait mine de pousser ce sujet sous le tapis. Les autres candidats sont en tout cas tous bien obligés de se positionner, et tous se disent plutôt ouverts à ce genre de statut particulier pour la Corse. A l’exception de Marine Le Pen et d’Eric Zemmour, attachés à une certaine unité de la France. Ce qui pourrait sans doute leur coûter des voix corses.

Un très mauvais exemple à montrer en Europe. Voila que Macron met en quelques mots sur la table la possibilité d’un statut spécial pour une région fermement indépendantiste. Voilà donc ce qui pourrait, par contagion, provoquer de nouveaux troubles dans d’autres communautés d’Europe qui ne se sentent pas à leur place dans leur État actuel. Les Ecossais ne désespèrent pas d’imposer un nouveau référendum à Londres, mais ce sont surtout les Basques ou les Catalans qui pourraient suivre l’exemple des Corses et provoquer des troubles en Espagne. Et ce, sans parler de nos indépendantistes flamands. Alors que la France vient d’obtenir, pour six mois, la présidence du Conseil de l’Europe, c’est un peu jeter de l’huile sur les barbecues mal éteints des voisins.

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