Pourquoi la volte-face d’Elon Musk sur le rachat de Twitter met les plus grandes banques du monde « dos au mur »

En ce début de semaine, Elon Musk a (à nouveau) surpris tout le monde dans le cadre de son opération de rachat de Twitter. L’homme le plus riche du monde a indiqué qu’il était finalement prêt à conclure le deal pour le prix initialement fixé (54,20 dollars l’action, soit 44 milliards d’euros), alors qu’il avait annulé son offre en juillet. Pour les banques censées l’appuyer, ce n’est pas une bonne nouvelle.

Parmi les 44 milliards de dollars, Elon Musk avait prévu d’en fournir une bonne partie en vendant des parts de sa participation dans Tesla et en s’appuyant sur le financement par capitaux propres de grands investisseurs, tels que le cofondateur d’Oracle Larry Elisson ou l’homme d’affaires saoudien Al-Walid ben Talal.

Mais de grandes banques, parmi lesquelles, Morgan Stanley, Bank of America, Barclays ou encore les françaises Société Générale et BNP Paribas, s’étaient également engagées à lui fournir 12,5 milliards de dollars. Elles s’étaient décidées à financer la dette de l’opération en avril (en des temps meilleurs), avec l’intention d’en vendre la majeure partie à des investisseurs institutionnels.

La dette de Twitter se compose de 6,5 milliards de dollars de prêts à effet de levier, de 3 milliards de dollars d’obligations garanties et de 3 milliards de dollars d’obligations non garanties.

Une période particulièrement compliquée

Pour ces banques, l’annonce de Musk n’est pas la bienvenue. Celles-ci pourraient avoir du mal à vendre la dette – risquée – du rachat de Twitter, dans la mesure où les marchés du crédit commencent à se fissurer face à la hausse des taux d’intérêt et aux craintes de récession. Il semble quasiment assuré qu’elles devront proposer la dette avec une forte décote. Des sources de financement à effet de levier ont déclaré à Reuters que les pertes potentielles des banques impliquées pourraient atteindre des centaines de millions de dollars.

Plus de 10 banquiers et analystes du secteur ont confirmé à l’agence que les perspectives étaient mauvaises pour les banques qui tentent de céder leur créance. « Du point de vue des banques, c’est loin d’être idéal. Les banques sont dos au mur – elles n’ont pas d’autre choix que de financer l’opération », a commenté Dan Ives, analyste de Wedbush Securities.

« C’est similaire à un végétarien qui va dans un steakhouse : l’appétit est très limité », a déclaré à Bloomberg John McClain, gestionnaire de portefeuille à haut rendement chez Brandywine Global Investment Management, imageant la demande des investisseurs pour les achats à effet de levier. « Compte tenu du flux incrémentiel de nouvelles spécifiques à l’entreprise depuis que l’accord a été conclu – combiné à la détérioration significative de l’économie – les prêteurs seront très hésitants à fournir un financement. »

La volte-face d’Elon Musk intervient à un moment où de grandes banques sont déjà dans le dur dans le cadre de financements à effet de levier. Par exemple, le mois dernier, une partie de l’opération de rachat de Citrix Systems s’est vendue en septembre avec une forte décote : les banques concernées ont réalisé des pertes situées entre 600 et 700 millions de dollars et ont dû conserver environ 6,5 milliards de dollars de dettes. Peu après, un groupe de banques s’est retrouvé coincé avec près de 4 milliards de dollars de dettes liées à une opération de rachat d’une partie de Lumen Technologies par Apollo Global Management.

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