Principaux renseignements
- En raison de cadres juridiques stricts, l’Union européenne ne peut pas exclure la Russie du projet de fusion nucléaire ITER.
- L’interdépendance technique vis-à-vis du matériel russe essentiel compromet l’intégrité de l’installation.
- Les tensions politiques remettent en cause l’idée selon laquelle la recherche scientifique stratégique peut rester neutre sur le plan géopolitique.
Le projet de fusion nucléaire ITER constitue une exception remarquable dans le contexte géopolitique actuel, où l’Union européenne et la Russie maintiennent un partenariat fonctionnel malgré de graves tensions diplomatiques et des sanctions étendues.
Alors que Bruxelles a systématiquement rompu ses liens avec Moscou dans la plupart des secteurs – notamment l’énergie et la recherche universitaire au sens large – , la coopération au sein d’ITER se poursuit. Cette continuité s’appuie, d’une part, sur une longue tradition de coopération scientifique et, d’autre part, sur les cadres juridiques stricts du projet lui-même. C’est ce qu’indique Euronews.
Projet ITER
Créé en 2007, ITER est un vaste projet international réunissant 33 pays, dont les États-Unis, la Chine et l’UE, visant à développer la fusion des noyaux d’hydrogène comme source d’énergie durable et à faible émission de carbone.
L’Union européenne est le principal bailleur de fonds, prenant en charge près de 46 pour cent des coûts de construction. Cependant, le cadre juridique du projet empêche l’exclusion forcée de tout État membre, ce qui signifie que la Russie reste un participant actif avec une participation de 9,1 pour cent.
Interdépendance technique
Le rôle de la Russie va au-delà du financement et s’étend à la fourniture de technologies indispensables. Moscou fournit du matériel essentiel, tel que des gyrotrons pour le chauffage du plasma et des bobines de champ poloïdal utilisées pour le contrôle du plasma. Ces composants étant intégrés dans une chaîne d’approvisionnement mondiale complexe impliquant plusieurs nations, le retrait des contributions russes compromettrait l’intégrité technique de l’appareil.
Cette interdépendance explique pourquoi, alors même que l’UE exclut les institutions russes de programmes tels qu’Horizon Europe et que le CERN suspend le statut d’observateur de la Russie, l’ITER continue de signer des accords de coopération avec des entités russes telles que l’Institut Kourtchatov.
Tensions politiques
Cette persistance crée des tensions au sein de la Commission européenne. Alors que la fusion devient un pilier stratégique des objectifs climatiques de l’UE pour 2050, certains décideurs politiques s’interrogent sur l’opportunité de rester liés à un adversaire géopolitique.
Des députés européens ont exhorté le commissaire à l’Énergie, Dan Jørgensen, à élaborer une stratégie visant à mettre fin à cette dépendance, arguant qu’une technologie stratégique ne peut être considérée comme géopolitiquement neutre. Ils estiment qu’un examen complet des questions de sécurité est nécessaire pour empêcher la formation de nouvelles dépendances technologiques.
L’avenir de la collaboration scientifique
À l’inverse, les partisans du partenariat font valoir que l’ampleur d’ITER exige un niveau de stabilité internationale qui transcende les aléas politiques. Ils soutiennent que le projet a été délibérément conçu pour résister à l’instabilité politique.
Cependant, certains observateurs du secteur suggèrent que l’ère de la collaboration mondiale à grande échelle pourrait toucher à sa fin, prédisant que les futures avancées en matière de fusion se produiront probablement au sein de cercles plus restreints d’alliés de confiance afin de protéger la propriété intellectuelle sensible et de garantir la sécurité nationale.
(at)
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