Pourquoi les entrepreneurs doivent faire entendre leur voix beaucoup plus souvent

Les entrepreneurs sont le moteur de notre prospérité. Ils prennent des risques pour réinventer l’économie et créer des emplois. Aujourd’hui, il existe une brigade de consultants en relations publiques qui s’efforcent d’arrondir les angles de chaque communiqué. Il est rafraîchissant de constater qu’il existe encore des entrepreneurs qui n’ont pas ce réflexe. Les entrepreneurs ont une perspective unique sur les tenants et aboutissants de notre société. Leur voix est nécessaire.

Parfois, il y a une interview qui vous fait sourire, une rareté dans le monde sérieux de l’argent et du pouvoir. Vic Swerts (Soudal) a expliqué à un journaliste de Het Laatste Nieuws comment il est devenu le sponsor principal de l’équipe du patron du cyclisme Patrick Lefevere.

Il a ensuite expliqué pourquoi Deceuninck a mis fin à son parrainage de l’équipe de l’entraîneur à succès. Lefevere voulait plus d’argent de son sponsor principal pour construire une équipe autour de Remco Evenepoel. Francis Van Eeckhout, le grand patron de Deceuninck, hésite et dit à Lefevere : « Laisse-moi tranquille et ne viens pas pleurnicher maintenant. »

L’entraîneur s’est immédiatement rendu chez le patron de Soudal et le reste appartient à l’histoire. Van Eeckhout l’a regretté, mais il était trop tard. De dépit, il s’est rendu chez Alpecin et est devenu co-sponsor.

Le sponsoring dans le cyclisme est un sujet annexe, mais au moins, il est authentique.

Des entrepreneurs avec une opinion. Vic Swerts en compagnie de Bob Verbeeck (à droite) lors du Soudal Open (Source : Warren Little/Getty Images)

Beaucoup de bruit, peu de pertinence

Vic Swerts est toujours un entrepreneur pur jus mais il est franc, ce qui est certainement rafraîchissant dans un monde dirigé par des spin doctors. C’est un monde où les petits dieux peuvent en permanence exprimer une opinion via les réseaux sociaux, mais où les voix qui comptent sont plus que jamais guidées dans leurs déclarations. Il s’agit souvent d’une authenticité feinte. En partie à cause des réactions toxiques qui s’ensuivent.

Musk est bien sûr l’empereur

Elon Musk, certainement, est le meilleur exemple qui va à l’encontre de cette tendance. Son compte Twitter est rempli d’opinions, certaines plus intelligentes que d’autres et certaines qui sont parfois complètement à côté de la plaque. Sa consommation de cannabis est régulièrement évoquée, mais il lui arrive aussi de mener des négociations via Twitter.

Fait remarquable, lorsque vous entendez Musk faire une présentation devant des financiers, c’est un orateur très timide et très réfléchi. Il est clair qu’il a deux personnalités, le yin et le yang : un penseur rationnel génial et en même temps un émotionnel qui explose régulièrement – pas illogique quand on s’occupe de cent choses à la fois.

Musk – Getty

Les PDG ne peuvent pas avoir de voix

Les PDG ne peuvent pas faire ça, surtout si leurs entreprises sont cotées en bourse. Les actionnaires surveillent tous leurs mouvements, et s’ils ne les réprimandent pas, il y a beaucoup de parties prenantes qui sanctionnent tout faux pas en matière de communication. Les conférences de presse des PDG sont donc presque toutes ennuyeuses, car plus personne n’ose s’écarter du scénario. Encore plus en ces temps woke.

Les entrepreneurs ont une opinion pertinente

Les entrepreneurs qui possèdent encore leur propre entreprise ont un statut particulier. Ils ont pris des risques eux-mêmes, ne disposent pas d’un parachute doré comme les PDG, font tourner l’économie, fournissent des emplois et ont les deux pieds dans la société. Ils sont une voix utile dans le débat. Il peut certainement s’agir de sujets économiques plus proches de leur activité comme Luc van Mol, sur le sens et surtout le non-sens des soldes dans le commerce de détail contre lequel son entreprise, la chaîne de magasins ZEB, se bat depuis des années.

Mais il peut également s’agir de thèmes sociaux tels que la redistribution et la manière dont nous taxons. Comme Wouter Torfs (chaussures Torfs) sur le rôle social des entreprises ou Bob Verbeeck (Golazo) sur la taxation des dividendes et des plus-values sur les actions.

Il convient de créer un espace pour ces voix. Fernand Huts, par exemple, le grand manitou de Cotton Nation, s’est beaucoup moins exprimé ces dernières années, ce qui est regrettable, car cet homme a un passé et un bagage énormes.

Fernand Huts, avec le bourgmestre De Wever, lors de l’achat de la tour KBC ( Source Jonas Roosens/belga mag/afp via Getty Images)

Plus d’authenticité s’il vous plaît

Si vous lisez des journaux économiques ou parcourez les communiqués de presse des entreprises, vous trouverez dans 95 % des cas une histoire prémâchée ou lissée. Parfois, on apporte un élément plus personnel, mais cela aussi, c’est souvent quelque chose qu’on a appris à faire.

On l’aime ou on le déteste, mais là encore, Elon Musk a établi une nouvelle norme. Il ne faut pas toujours être aussi impulsif que lui, mais les opinions réfléchies de nos chefs d’entreprise sont plus que bienvenues.

Cela évite que les influenceurs des réseaux sociaux, qui n’ont jamais rien prouvé dans leur vie, les politiciens qui vocifèrent tous les jours et les représentants syndicaux qui apportent rarement quelque chose de constructif, aient la scène pour eux seuls.


Xavier Verellen est un auteur et un entrepreneur. Il est propriétaire de la société de conseil PaloAlto33 (www.paloalto33.be) et de la société QelviQ (www.qelviq.com).

(CP)

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