Pour certains pays, la vente de passeports est un gros business

Des Vanuatuans. Le Vanuatu propose aux étrangers d'acheter la citoyenneté vanuatuane.
Flickr/Thomas Ballandras

Il y a encore 50 ans, rares étaient les pays susceptibles d’octroyer la double nationalité. Mais cette pratique s’est banalisée, et de nos jours, plus de la moitié des pays du monde proposent à des étrangers d’acquérir un passeport contre finances. Pour certaines nations, c’est même devenu une source de revenus substantiels. 

Selon Christian Kalin (a.k.a ‘M. Passeport’), président de Henley & Partners, l’un des plus grands cabinets de conseil en la matière, ce marché pèserait aujourd’hui 25 milliards de dollars (environ 23 milliards d’euros), et il est en pleine expansion. Ces programmes sont particulièrement fréquents dans les petits pays et nations insulaires. Dans certains archipels des Caraïbes, il faut débourser 150.000 dollars (environ 136 milliers d’euros) pour acquérir un passeport. 

Le cas du Vanuatu

Le Vanuatu, un petit pays constitué de près de 80 îles situées dans le Pacifique, et qui n’a obtenu l’indépendance en 1980, vend sa citoyenneté depuis 2015, pour un prix similaire. Le succès est tel, que désormais, la vente de passeports représente plus de 30 % des revenus du pays, selon Dan McGarry, qui dirige le journal local. C’est surtout la possibilité de voyager sans visa dans toute l’Europe qui intéresse les acquéreurs. La rapidité d’obtention (seulement 30 jours) est également un autre critère apprécié.

Beaucoup sollicitent leur nationalité de l’étranger. Hong Kong est devenue l’une des grandes places du marché de la citoyenneté, à tel point qu’il y a quelques années, des chaînes de télévision hongkongaises y diffusaient des publicités vantant les avantages du passeport vanuatuan. Elles ciblaient bien sûr les Chinois continentaux de passage dans la ville-Etat.

Les Chinois parmi les plus demandeurs

Les Chinois figurent en effet parmi les nationalités les plus représentées parmi les demandeurs de passeports. ‘Ils ne se sentent pas en sécurité [en Chine]. Ils veulent avoir accès à l’Europe pour ouvrir un compte bancaire, acheter un bien immobilier ou créer une entreprise’, explique un homme d’affaires hongkongais qui les aide dans leurs démarches. Il précise que seulement 10 % d’entre eux se rendront effectivement au Vanuatu.

Mais les Vanuatuans ne voient pas forcément ce programme d’un très bon oeil. Ils déplorent que les entreprises chinoises n’emploient que de la main-d’œuvre chinoise et n’investissent pas dans le pays. Le programme n’aurait eu que peu de retombées pour les communautés locales, encore très affectées après le passage du cyclone Pam en 2015. 

6000 passeports vendus par des pays européens entre 2008 et 2018

L’année dernière, un rapport de Transparency International sur l’octroi de ‘Golden visas’ européens avait indiqué que plus de 6000 passeports et 100 000 cartes de séjour avaient été octroyés en Europe au cours des dix dernières années dans le cadre de ces programmes. L’Espagne, la Hongrie, la Lettonie, le Portugal et le Royaume-Uni étaient les pays les plus prodigues. L’Espagne, Chypre et le Portugal en tiraient les plus gros revenus annuels (respectivement 976 millions d’euros,  914 M€, et 670 M€). Le rapport précisait que Chypre avait amassé 4,8 milliards d’euros depuis 2013 grâce à son programme. (La Belgique ne propose pas de programme équivalent). 

La corruption

Dans certains cas, des soupçons de corruption entourent ces délivrances de citoyenneté. Un autre rapport, émis la même année par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a épinglé un certain nombre de nations dont les programmes étaient les plus vulnérables aux pratiques de corruption. On y retrouvait beaucoup d’îles caribéennes (notamment Antigua-et-Barbuda, les Bahamas, la Dominique, la Grenade, Sainte-Lucie et Saint-Kitts-et-Nevis, qui a vendu plus de 16 000 passeports au cours des 10 dernières années), les Emirats Arabes Unis, le Bahreïn, le Qatar, la Colombie et la Malaisie, ainsi que trois pays européens : Monaco, Chypre et Malte.

Ci-dessous, le cours d’un passeport en fonction des pays :

Antigua-et-Barbuda: à partir de 100 000 dollars (environ 91 000 €)
St Kitt’s et Nevis: à partir de 150 000 $ (environ 136 000 €)
Monténégro: à partir de 274 000 dollars (environ 249 000 €)
Portugal: à partir de 384 000 $ (environ 349 000 €)
Espagne: à partir de 550 000 dollars (environ 500 000 €)
Bulgarie: à partir de 560 000 dollars (environ 509 000 €)
Malte: à partir de 1 million de dollars (environ 908 000 €)
États-Unis: à partir de 900 000 $ (environ 817 000 €) investis dans une entreprise créant 10 emplois
Royaume-Uni: à partir de 2,5 millions de dollars (environ 2,3 M€)

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