‘Plus l’État gagne en importance, plus son efficacité diminue’

Mario Vargas Llosa
Mario Vargas Llosa (EFE/JuanJo Martin)

‘La crise sanitaire a fait exploser la taille de l’État dans des proportions improbables, interférant dans des domaines où il n’a pas sa place, comme nos libertés individuelles. Plus l’État est gros, plus il devient inefficace. Nous le constatons en particulier en Europe, avec la gestion catastrophique de la pandémie dans cette région. L’idée qu’un énorme État protégera mieux ses citoyens est fausse. Pourtant, je ne peux m’empêcher de penser qu’après les ravages causés par la pandémie, l’État ne fera que s’étendre encore davantage.’

C’est ce qu’affirme l’écrivain péruvien Mario Vargas Llosa (photo) dans une interview à l’hebdomadaire français Le Point. Vargas Llosa a été candidat à la présidence de son pays en 1990, mais il a perdu de manière inattendue contre Alberto Fujimori. En 2010, il a remporté le prix Nobel de littérature.

Plus l’État est gros, plus il est inefficace, selon l’auteur péruvien, qui a reçu 43 fois le titre de docteur honoris causa dans les universités parmi les plus prestigieuses du monde. Mais est-ce vraiment le cas?

L’efficacité du gouvernement belge est faible

La banque d’affaires française Natixis a examiné de près 18 pays du club des riches de l’OCDE. Elle a analysé leurs performances dans six sous-secteurs : l’éducation, les soins de santé, la sécurité, l’innovation, le marché du travail et le taux de pauvreté.

L’étude conclut que l’Allemagne, les Pays-Bas, la Suède, la Finlande, le Danemark, l’Autriche et le Japon font preuve d’un haut degré d’efficacité.

Le Canada, le Royaume-Uni et l’Australie obtiennent des scores plus modérés, tandis que l’efficacité de l’État est qualifiée de faible aux États-Unis, en Espagne, en Italie, au Portugal, en Irlande, en Grèce, en France et également en Belgique.

Dans notre pays, c’est le faible taux d’emploi de la population active qui est particulièrement préoccupant. Sur ce point, nous ne sommes suivis que par l’Espagne, la France, la Grèce et l’Italie.

Ensuite, il y a le coût et l’efficacité de notre système de santé. Les soins de santé belges sont parmi les plus chers de l’UE, mais aucun pays de l’Union ne compte moins de médecins pour 1.000 habitants que le nôtre.

Analyse coûts/bénéfices: nous payons 10% en trop par rapport à ce que nous recevons

L’efficacité de l’État ne peut être considérée séparément de ses coûts, selon la banque d’affaires. Et là aussi, la Belgique fait du mauvais travail. En d’autres termes, le Belge paie beaucoup d’impôts et reçoit trop peu en retour de son gouvernement.

Le graphique ci-dessous montre comment plus de la moitié de notre PIB est absorbée par l’État. Et pourtant, l’efficacité générale de celui-ci laisse beaucoup à désirer.

La Belgique (BG) se situe bien au-dessus de la ligne de régression. Si le coût de notre État était proportionnel à son efficacité, les dépenses publiques devraient être inférieures d’environ 10%. Seule la France (environ 12%) fait moins bien.

Il semble inévitable que, comme l’affirme Vargas Llosa, le rôle de l’État va augmenter plutôt que diminuer durant la période post-Corona. Un bon exemple est à nouveau… la Belgique.

  • ‘7 Belges sur 10 ne ressentent pas la crise’, s’est félicitée la Banque nationale à la fin de l’année 2020. Jamais auparavant les Belges n’ont économisé autant: 22 milliards, qui n’ont pas été consommés. Mais ce genre de message est totalement déplacé par rapport aux 30% qui souffrent. Il souligne principalement les pourcentages déjà très élevés de la population active dont les salaires sont simplement payés par l’État.
  • Le point où jusqu’à 70% de la population dépend en fin de compte de l’État pour ses revenus, comme c’est déjà le cas dans certaines régions, n’est plus si éloigné.

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