Plaque tournante du gaz russe en Turquie : l’Europe mordra-t-elle à l’hameçon de Poutine ?

Le président russe Vladimir Poutine a un plan : transférer son gaz en Turquie pour pouvoir le vendre malgré les différentes sanctions contre son pays. Voyageant son faux drapeau, ce gaz pourrait tenter certains pays européens et fracturer la solidarité européenne. Mais le plan de Poutine va-t-il fonctionner ?

Pourquoi est-ce important ?

La Russie fournissait 40% du gaz disponible sur le marché européen. Depuis que la guerre en Ukraine a éclaté, l’Europe a mis en place des sanctions contre la Russie, notamment sur son gaz et son pétrole. La Russie se retrouve avec un trop-plein. Et Poutine emploie tous les moyens pour lui trouver preneur.

Dans l’actualité : La Russie va doubler la quantité de gaz qu’elle exporte en Turquie.

  • Poutine a déclaré en conférence de presse que de nouvelles connexions vont être établies entre la Turquie et la Russie pour transférer le gaz russe.
  • Avec cette proposition, la Russie est revenue sur une idée de longue date, consistant à ajouter deux lignes au gazoduc TurkStream existant afin de doubler sa capacité annuelle pour la porter à 63 milliards de mètres cube.
  • Ceci est facilité par la relation entre les deux hommes. « Erdogan est un homme de parole », a expliqué Vladimir Poutine.
  • Le but de la manœuvre est de refourguer du gaz russe via un hub turc, éventuellement à des clients européens. Les besoins en gaz restant très importants, les Européens vont-ils mordre l’hameçon ?
  • Selon Euractiv, certains analystes en doutent. « Même si un nouveau gazoduc pouvait être construit, qui achèterait ce gaz ? », se demande Zongqiang Luo, analyste principal chez Rystad Energy.
  • Alexander Gryaznov, directeur chez S&P Global Ratings, a lui un avis un peu différent. Il rappelle que l’Europe n’a pas formellement imposé d’embargo sur le gaz. Et tout le monde sait que les pays de l’UE continuent d’importer de grandes quantités de GNL russe, faute de gaz naturel par pipeline (nord stream est à l’arrêt). « Il est peu probable que l’Europe veuille conclure des contrats directs avec la Fédération de Russie, mais l’achat de volumes gratuits sur le marché spot en Turquie sera politiquement acceptable », explique l’expert.
  • On reste donc dans une énorme hypocrisie. Le hub turc pourrait être une porte de sortie plus élégante qu’une négociation directe avec la Russie.

Le contexte : Les relations entre la Russie et la Turquie

  • Poutine et le président turc Erdoğan ont tissé des relations étroites ces dernières années, malgré un passé en dents de scie entaché par le meurtre de l’ambassadeur russe Andreï Karlov à Ankara en 2016 et l’abattage par la Turquie d’un avion russe en mission en Syrie un an plus tôt.
  • L’explosion de Nord Stream, en octobre, a poussé les Russes à construire d’autres connecteurs de gaz.
  • Le 23 novembre, les dirigeants de la société russe Gazprom et de la société nationale azérie Socar, Alexei Miller et Rovshan Najaf, se sont rencontrés à Moscou. Ils se sont mis d’accord pour que du gaz russe arrive en Azerbaïdjan.
    • En théorie, cela doit permettre à l’Azerbaïdjan de répondre à sa demande intérieure.
    • Toutefois, dans la mesure où Bakou s’est récemment mis d’accord avec Bruxelles pour livrer du gaz à l’Europe, certains se demandent si une partie de ce gaz ne sera pas russe, finalement.
    • D’autant plus que l’Azerbaïdjan et la Turquie ont également décidé le mois dernier de doubler la capacité du gazoduc TANAP, qui achemine le gaz depuis l’Azerbaïdjan vers l’ouest de la Turquie… et donc vers le fameux hub dans lequel pourraient être tentés de puiser certains pays européens.
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