Il y a un mois, les pays européens mettaient en place un embargo sur les livraisons de pétrole brut russe par bateau, tout en introduisant – avec d’autres partenaires – un plafond sur ce même produit. Suffisant pour affecter les revenus du Kremlin, pas pour les faire vaciller.
L’Europe est toujours le 1er client pétrolier de la Russie : elle gagne encore plus d’un demi-milliard d’euros par jour via ses combustibles fossiles

Pourquoi est-ce important ?
Les différentes sanctions prises depuis maintenant près d'un an à l'encontre de la Russie visent à diminuer les ressources financières du Kremlin. Et, in fine, à endiguer son entreprise guerrière en Ukraine. Mais Moscou continue d'engranger énormément d'argent grâce à ses combustibles fossiles.Dans l’actu : une nouvelle étude estime les revenus « fossiles » perçus actuellement par le Kremlin.
- Selon le rapport du centre de recherche finlandais Centre for Research on Energy and Clear Air (CREA), la Russie perçoit encore 640 millions d’euros chaque jour en vendant ses combustibles fossiles.
- Les sanctions occidentales font baisser les recettes du Kremlin, mais elles pourraient être beaucoup plus fortes.
Le contexte : embargo et plafond.
- Début décembre, l’Union européenne a instauré un embargo sur les livraisons de pétrole brut russe par bateau.
- Certains pays (Hongrie, République tchèque, Slovaquie, Pologne) continuent d’en recevoir par pipeline. La Pologne compte s’en sevrer d’ici quelques semaines.
- Dans le même temps, le G7, l’UE et l’Australie ont introduit un plafond de prix sur le brut russe, à 60 dollars le baril.
- La grande majorité des entreprises s’occupant de fournir les services permettant son transport maritime étant basées en Europe, cela pousse la Russie à s’y plier si elle veut continuer d’en écouler, notamment vers l’Asie.
- Furieux, le Kremlin a contrattaqué : à partir du 1er février prochain, il devrait interdire les exportations de pétrole brut et de produits pétroliers lorsque les contrats mentionneront un tel plafond de prix.
- On notera par ailleurs que les pays européens comptent appliquer l’embargo et le plafond de prix aux produits raffinés russes à partir du 5 février prochain.
L’Europe bientôt remplacée par la Chine
Les chiffres : les sanctions marchent, mais sont-elles suffisantes ?
- D’après le rapport du CREA, en décembre, les sanctions ont fait chuter de 17% les exportations de combustibles fossiles russes, soit au niveau le plus bas depuis le début de la guerre en Ukraine.
- Au total, la Russie perd 160 millions d’euros par jour suite aux sanctions, ont calculé les chercheurs finlandais.
- Il n’empêche qu’en décembre, l’Europe est restée le premier client pétrolier de la Russie. Ce qui en fait aussi son premier client en matière de combustibles fossiles.
- Cela s’explique par le fait qu’elle a continué de lui acheter des produits pétroliers (du non brut) et par le fait que l’Allemagne a encore importé du brut. Chose qu’elle a arrêtée au 1er janvier 2023.
- En février, avec l’arrêt des achats de brut par pipeline de la part de la Pologne et avec l’extension de l’embargo et du plafond aux produits pétroliers, la Russie perdra 120 millions d’euros supplémentaires par jour, estiment les chercheurs.
- À ce moment-là, l’Europe ne sera plus la région du monde vers laquelle Moscou exporte le plus d’or noir. C’est la Chine qui prendra le relais, suivie par l’Inde.
- Jusqu’à présent, la Russie a gagné 3,1 milliards d’euros en transportant du pétrole brut sur des navires couverts par le plafonnement des prix.
- Cela a généré environ 2 milliards d’euros de recettes fiscales pour le gouvernement russe.

Et maintenant : baisser le plafond ?
- Selon les chercheurs du CREA, l’Europe aurait tout intérêt à largement baisser son plafond de prix sur le pétrole russe.
- Ils conseillent de le réduire de moitié, à un prix situé entre 25 et 35 dollars le baril.
- Selon eux, la Russie sera contrainte de s’y plier.
- D’une part, car ce prix serait toujours « bien au-dessus » des coûts. La production russe serait toujours économiquement viable, il n’y aurait donc pas à craindre que Moscou ne décide soudainement de réduire sa production et de perturber de facto l’approvisionnement mondial.
- D’autre part, car elle n’a pas encore trouvé d’alternative aux navires détenus/assurés en Occident pour exporter son pétrole vers l’Asie.
- Sa »flotte fantôme » ne serait pas opérationnelle.
- Enfin, outre un plafond de prix plus bas, les chercheurs listent toute une série d’autres mesures qui pourraient être prises pour affecter davantage les revenus du Kremlin :
- Renforcer la mise en œuvre du plafond, en augmentant les contrôles et en durcissant les sanctions pour les pétroliers qui ne le respectent pas.
- Lutter contre le transbordement de pétrole russe dans les eaux territoriales et les zones économiques exclusives des pays appliquant le plafonnement des prix.
- Limiter les ventes de pétroliers que la Russie pourrait utiliser pour exporter son or noir vers l’Asie.
- Instaurer des plafonds de prix et/ou des restrictions sur le gaz russe, ainsi que sur le pétrole importé par pipeline.