Les perspectives sombres de l’économie allemande ne sont pas de bon augure pour la Belgique

Plusieurs indicateurs signalent un net ralentissement de l’économie mondiale et le risque de récession est devenu réel dans des pans importants de l’économie de la planète. L’économie belge risque également de retomber en récession cette année. Les entreprises sont confrontées à un second semestre difficile.

Ces dernières semaines, de nouveaux signaux d’alarme concernant l’état de l’économie mondiale ont été émis. La plupart des indicateurs avancés se sont refroidis depuis plusieurs mois, mais il y a quelques exceptions notables. Par exemple, les prix de la plupart des métaux industriels sont clairement en baisse. Le prix du cuivre, habituellement un bon indicateur de la situation économique, a déjà chuté d’un quart depuis son pic de la fin février (la moitié de cette chute s’est produite au cours du mois dernier). Aux États-Unis, la confiance des consommateurs (selon l’indicateur de l’Université du Michigan) a reçu un coup improbable : en juin, elle est retombée à son plus bas niveau de 2008. En Allemagne, les prévisions des entreprises oscillent depuis plusieurs mois à des niveaux de récession. Et dans notre pays, les prévisions de la demande de construction sont retombées juste un cran au-dessus du point le plus bas de la crise du coronavirus. On peut espérer que ces valeurs aberrantes sont exagérées, mais en tout état de cause, l’économie mondiale traverse une période difficile.

Source : NBB

Obstacles à l’économie mondiale

Plusieurs facteurs pèsent aujourd’hui sur l’économie mondiale :

  • Problèmes d’approvisionnement : Avec la guerre en Ukraine et les blocages en Chine, les problèmes d’approvisionnement ont encore augmenté cette année. On observe aujourd’hui quelques signes timides d’amélioration, mais il est apparu clairement l’année dernière que la reprise des chaînes d’approvisionnement internationales pourrait prendre beaucoup de temps. Et bien sûr, une nouvelle éruption pandémique accompagnée de confinements (notamment en Asie) n’est pas à exclure.
  • L’inflation élevée exerce une pression sur les consommateurs dans de nombreuses régions du monde. Dans la plupart des pays, il n’existe pas de compensation par l’indexation des salaires, de sorte que le pouvoir d’achat est affecté par l’inflation. D’autre part, les consommateurs de nombreux pays disposent d’un excédent d’épargne accumulé pendant la pandémie et le marché du travail résiste pour l’instant. Néanmoins, l’impact négatif d’une inflation plus élevée, y compris sur la confiance, est susceptible de prévaloir à court terme.
  • Hausse des taux d’intérêt : En réponse à une inflation élevée, les banques centrales de presque tous les pays industrialisés ont changé leur fusil d’épaule. L’accent n’est plus mis sur le soutien de l’économie, mais sur la lutte contre l’inflation, même si cela se fait au détriment de l’activité économique à court terme. Pour ramener l’inflation sous contrôle, les banques centrales vont délibérément ralentir l’activité économique. L’objectif est de le faire de manière contrôlée. L’expression « atterrissage en douceur » est généralement utilisée, mais dans le passé, cet atterrissage s’est souvent avéré moins doux qu’espéré.

Un risque réel de récession

En plus de ces obstacles actuels, un certain nombre de risques importants assombrissent les perspectives. De nouvelles éruptions de coronavirus pourraient bien sûr jouer des tours à l’économie mondiale, la hausse rapide des prix des denrées alimentaires pourrait avoir un vaste impact économique et social difficile à évaluer aujourd’hui, et pour l’Europe en particulier, il existe une grande incertitude quant aux prix et à l’approvisionnement en gaz. Le prix du gaz en Europe a déjà bondi de 80 euros par Mwh au début du mois de juin à 150 euros aujourd’hui, et il reste à voir ce que cela donnera l’hiver prochain.

La combinaison d’obstacles sérieux pour l’économie à l’heure actuelle et de risques supplémentaires importants pour les mois à venir se traduit par des perspectives plutôt sombres. Un scénario positif reste néanmoins possible pour les mois à venir, si les prix de l’énergie et des matières premières devaient retomber rapidement, ce qui permettrait également à l’inflation de se refroidir plus vite et réduirait la nécessité pour les banquiers centraux d’actionner les freins. Toutefois, le scénario le plus probable est que l’économie mondiale soit confrontée à un second semestre difficile, avec un risque réel de récession dans des parties importantes de l’économie mondiale.

Également en Belgique

Si des pans importants de l’économie mondiale freinent, cela ne passera pas non plus inaperçu en Belgique. Les perspectives sombres de l’économie allemande en particulier ne sont pas de bon augure pour la nôtre. Outre les obstacles mentionnés ci-dessus, nos entreprises devront également faire face à la tension persistante sur le marché du travail et à l’augmentation rapide du handicap salarial par l’indexation automatique. Selon les premières estimations, la croissance s’est déjà interrompue au deuxième trimestre. L’affaiblissement progressif de la confiance des entreprises au cours des derniers mois, et surtout la détérioration spectaculaire des perspectives dans le secteur de la construction, laissent penser que l’activité économique se contractera au cours des prochains mois. Après tout, la construction est un secteur important de notre économie.

Il semble que notre économie va retomber en récession cette année, mais ce sera probablement une récession légère. Il s’agira probablement d’une période de récession atypique, le marché du travail, en particulier, ayant bien résisté. Toutefois, le risque de mauvaises surprises supplémentaires, par exemple en ce qui concerne les prix du gaz, est bien réel. En tout état de cause, les entreprises seront confrontées à un second semestre difficile.


L’auteur Bart Van Craeynest est économiste en chef au Voka et l’auteur de Terug naar de feiten.

(MB)

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