Perquisitions chez Rudy Giuliani: il aurait fait pression sur l’administration Trump à la demande d’oligarques ukrainiens

L’ancien avocat de Trump a-t-il permis à des responsables ukrainiens de pousser l’administration Trump à destituer l’ambassadrice des Etats-Unis en Ukraine ? (AP Photo/Jacquelyn Martin, File)

Tôt ce mercredi matin, des enquêteurs fédéraux ont perquisitionné le domicile et le bureau de Rudy Giuliani à Manhattan (New York). L’avocat personnel de Donald Trump est soupçonné d’avoir poussé l’ancien président à prendre une décision à la demande de responsables et oligarques ukrainiens, et non dans l’intérêt du gouvernement américain.

D’après le New York Times, les enquêteurs ont quitté les locaux de Rudy Giuliani avec plusieurs de ses appareils électroniques, dont des téléphones.

Rudy Giuliani est soupçonné dans le cadre d’une enquête concernant l’éviction, en 2019, de l’ambassadrice des États-Unis en Ukraine Marie Yovanovitch. A l’époque, l’avocat personnel de Donald Trump avait ouvertement admis qu’il y était pour beaucoup dans cette décision prise par le gouvernement américain.

Cependant, les enquêteurs soupçonnent que la pression mise par Giuliani sur Trump était illégale. En effet, il n’aurait pas agi dans l’intérêt de l’administration Trump mais bien sur demande de responsables et oligarques ukrainiens, qui avaient un intérêt personnel en la destitution de Mme Yovanovitch.

En vertu de la loi sur l’enregistrement des agents étrangers, essayer d’influencer ou de faire pression sur le gouvernement des États-Unis à la demande ou sous la direction d’un fonctionnaire étranger sans le divulguer au ministère de la Justice est considéré comme un crime fédéral.

En échange d’encourager l’éviction de l’ambassadrice, Giuliani était aidé par les Ukrainiens pour rechercher des éléments compromettants au sujet des adversaires de Trump pour la future élection présidentielle, dont Joe Biden. Leur travail était surtout ciblé sur son fils Hunter, qui siégeait au conseil d’administration d’une société énergétique ukrainienne. Des allégations de corruption avaient été lancées à son encontre par Trump et Giuliani, bien qu’aucune enquête n’ait jamais permis d’étayer leurs accusations.

Cette affaire avait mené à la première procédure de destitution de Donald Trump, pour abus de pouvoir et entrave à la bonne marche du Congrès. Une procédure lors de laquelle Mme Yovanovitch avait témoigné à charge du président. Le procès avait finalement abouti sur l’acquittement de Trump devant le Sénat.

Coup d’accélérateur

Comme le note le New York Times, lancer des perquisitions chez l’avocat d’un ancien président constitue un acte exceptionnel. S’il ne s’agit pas encore d’accusations formelles à l’encontre de Rudy Giuliani, cela dénoté tout de même d’une fameuse avancée dans le dossier.

Les enquêteurs souhaitaient effectuer des perquisitions chez l’avocat de Trump depuis l’été dernier. Cependant, ils devaient d’abord obtenir l’aval du ministère de la Justice. Leur demande avait été refusée plusieurs fois, notamment sur demande de hauts responsables politiques républicains du ministère. D’abord avant l’élection, car les hauts fonctionnaires du ministère craignaient qu’une telle action n’influence le résultat du scrutin. Ensuite après l’élection, parce que Trump contestait toujours, bien accompagné par Giuliani, les résultats de l’élection dans plusieurs États.

La demande de mandat a finalement été acceptée en grande partie grâce à l’intronisation du démocrate Merrick Garland comme nouveau procureur général des États-Unis, à la mi-mars.

‘Brutalité légale’

L’avocat de M. Giuliani, Robert J. Costello, a qualifié les perquisitions d’inutiles car son client avait proposé de répondre aux questions des procureurs, à l’exception de celles concernant ses communications privilégiées avec l’ancien président.

‘Ce qu’ils ont fait aujourd’hui est de la brutalité légale’, a déclaré M. Costello. ‘Pourquoi faire cela à qui que ce soit, et encore moins à quelqu’un qui a été procureur général adjoint, procureur des États-Unis, maire de New York et avocat personnel du 45e président des États-Unis’.

Les porte-paroles du F.B.I. et du bureau du procureur des États-Unis ont refusé de commenter l’affaire.

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