PDG d’Airbus : « La déconnexion entre l’Occident et la Chine est tout simplement impossible »

La pandémie et ses blocages répétés ont contraint les compagnies aériennes à rester clouées au sol. Le commerce des aéronefs a également été pratiquement paralysé. Mais 25 mois et une guerre plus tard, Airbus a entamé une véritable remontée.

Bien qu’Airbus et son principal concurrent Boeing aient reçu moins de commandes en raison de l’épidémie de coronavirus, le combinat européen a tout de même livré 1.376 appareils à ses clients au cours des deux dernières années. En comparaison, Boeing n’en a livré que 466 appareils au cours de la même période. Cette situation est principalement due aux nombreuses difficultés rencontrées avec le controversé B737 MAX.

Aujourd’hui, 25 mois et une guerre après le début de la pandémie, le pire semble être derrière eux. Le prix de l’action est revenu à son niveau prépandémique. Les résultats du premier trimestre font état d’une augmentation de 15 % des ventes. De son côté, Guillaume Faury, le PDG d’Airbus, prévoit une nouvelle augmentation des commandes.

Cet espoir est justifié, car le modèle économique d’Airbus repose à 70 % sur l’aviation civile, qui repart à la hausse. Mais les 30 % restants sont basés sur la vente d’avions militaires.

100 milliards d’euros : un peu plus qu’une « solution à court terme »

Le Français était à Berlin mardi, où il s’est entretenu avec des responsables politiques. Il y a répété que le budget de la défense de l’UE a augmenté de 20 % depuis l’introduction de l’euro en 1999. Comparez cela avec les États-Unis (+66 %), la Russie (+300 %) et la Chine (+600 %). Un manque de sérieux pour notre défense, dit Faury. 

M. Faury compte donc sur une partie des 100 milliards d’euros que l’Allemagne va consacrer à la modernisation de sa défense pour atterrir dans le carnet de commandes d’Airbus. Pourtant, dans une interview, il considère que cet investissement n’est guère plus qu’une « solution à court terme ». Un montant qui ne fera guère plus que combler visiblement les lacunes existantes.

Le groupe paneuropéen a aujourd’hui beaucoup à offrir : l’Eurofighter, le Casa C212 et l’Airbus A400M. Avec l’Eurodrone, le groupe franco-allemand proposera bientôt un drone. Ce n’est certainement pas une coïncidence si Fairy a publié la semaine dernière un article d’opinion dans le magazine français La Tribune, dans lequel il met en lumière la défense européenne.

« Se découpler de la Chine est tout simplement impossible »

Enfin, il a également donné son avis sur le découplage entre l’Occident et la Chine défendu par l’ancien président Donald Trump. Ce découplage a ensuite été accueilli par des huées à Berlin. Mais les mêmes idées semblent maintenant faire leur chemin dans la politique étrangère allemande. Pourtant, Faury estime qu’un tel découplage est « pratiquement irréalisable ».

« La notion de découplage est totalement abstraite pour moi et n’a guère de sens. 20 % de notre chiffre d’affaires provient de la coopération avec la Chine, à laquelle nous ne vendons pas d’équipements militaires. L’Occident et la Chine sont devenus totalement interdépendants. Couper cette chaîne et réécrire l’histoire prendrait autant de temps que celui qu’il nous a fallu pour arriver là où nous sommes aujourd’hui. »

(JM)

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