L’OPEP revoit ses quotas de production à la baisse: la Russie dans l’embarras

Avec une baisse des quotas de production, la Russie pourrait perdre la main dans les négociations avec ses clients asiatiques. Son surplus de pétrole, moins vendu en Occident, est un important levier. Surtout dans la perspective d’un plafond des prix sur son pétrole.

Lors de sa réunion de ce lundi, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole et ses alliés (OPEP+) ont décidé de réduire la production de pétrole (de 100.000 barils par jour en octobre, dans un premier temps), craignant que les risques de récession plombent la demande mondiale. Avec cette chute de la demande, des activités commerciales et industrielles, il y aurait, à production égale, un surplus de pétrole sur le marché. Ce surplus ferait baisser les prix, un scénario qui déplairait à l’organisation, qui jongle alors avec l’offre pour maintenir les prix élevés.

Une baisse de production qui vient doucher les espoirs d’une chute des prix et de l’inflation, à échelle mondiale. Et une baisse de production qui vient aussi quelque peu mettre la Russie dans l’embarras.

Peur de perdre ses leviers avec ses clients asiatiques

C’est ce que montre une enquête du Wall Street Journal. Avant la réunion, la Russie, membre de l’OPEP+, se disait opposée à une réduction de la production. C’est que le surplus de l’offre arrange la Russie. Avec la guerre en Ukraine et l’embargo européen sur l’or noir russe qui doit entrer en vigueur à la fin de l’année, l’Occident rejette le pétrole de Poutine. Moscou se retrouve avec un excédent sur les bras, que le pays doit vendre moins cher pour pouvoir s’en débarrasser. Ce qui fait le bonheur des pays asiatiques.

Or, la Russie craint qu’une baisse de la production signale aux acheteurs de pétrole que l’offre dépasserait la demande mondiale. Dans ce cas de figure, Moscou perdrait des leviers dans les négociations avec ses clients. Garder une influence dans les négociations avec ces pays serait la priorité pour la Russie, expliquent des personnes proches du dossier au WSJ.

Plafond des prix?

« La Russie pourrait s’inquiéter des évaluations du marché qui font état d’un excédent », explique Helima Croft, stratège en chef pour les matières premières chez le courtier canadien RBC. « Cela affaiblirait sa main auprès des acheteurs au moment même où elle négocie pour les dissuader d’adopter le plafonnement des prix. »

La semaine passée, les pays du G7 se sont accordés sur un plafond des prix sur le pétrole russe, une mesure portée par les Etats-Unis, et qui serait plus efficace qu’un embargo, selon le G7. Mais sans le soutien de l’Inde et de la Chine, les nouveaux clients principaux de la Russie, ce plafond ne fonctionnera pas. La Russie a d’ailleurs déjà annoncé arrêter d’approvisionner les pays qui se prononceraient en faveur du plafond.

Reste à voir quel impact la baisse – assez minime – de la production aura sur l’échiquier russo-asiatique. Mais dans les mois à venir, d’autres baisses pourraient voir le jour. L’OPEP s’est notamment gardé le droit de décréter des baisses de production en dehors des réunions mensuelles prévues à cet effet.

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