Lynetteholm, le quartier artificiel sur l’eau qui repousse les frontières de Copenhague, suscite la colère de la Suède

(Crédit: By oh Havn)

Comme toutes les capitales, Copenhague manque de place pour supporter le flot de nouveaux habitants. Sa solution : s’agrandir en profitant du détroit d’Øresund, au nord-est de la ville. Mais si l’idée d’une île flottante peut paraitre ingénieuse, de nombreux impacts négatifs, notamment sur l’environnement, ne semblent pas être pris en compte par le gestionnaire.

Lynetteholm, à la fin de sa construction, mesurera 2,8 km² et pourra abriter jusqu’à 35.000 personnes. Impressionnant pour une ville de 600.000 habitants. Le projet est supervisé par la société By og Havn, possédée en partie par la ville de Copenhague et le ministère national des Transports. Les revenus générés par cette île flottante seront utilisés pour améliorer les transports en ville. Un nouveau tunnel sous le port sera construit et une ligne de métro y sera installée, tout comme un périphérique qui reliera l’aéroport aux quartiers riches de Whiskey Belt.

Crédit: By og Havn

À première vue, le projet semble donc tout à fait approprié dans une ville qui voit sa population grimper en flèche depuis 30 ans. Toutefois, il existe quelques coquilles cachées dans ce plan et les Suédois, qui vivent de l’autre côté de l’Øresund, ne comptent pas les laisser passer.

Le système bien rodé de By oh Havn

La première question qui interpelle les critiques de ce plan est la gestion des projets par By oh Havn, l’entreprise qui nage entre privé et public. Créée en 2007, cette société, qui rassemble plusieurs entreprises privées plus anciennes, construit et rénove à une vitesse folle les quartiers de la capitale. La vente des nouvelles constructions permet alors de renflouer les caisses de la ville.

Mais pour y arriver, il leur faut construire des logements à haute valeur ajoutée et les vendre rapidement au-dessus du prix du marché. Mais cela fait grincer des dents dans la population de Copenhague, car seuls les riches peuvent se le permettre. By oh Havn ne propose en effet pas de logements à faibles prix, indispensables à une grande partie des habitants de la capitale. Et au final, cela ne changerait en rien la crise du logement dans la région.

La société, qui permet à la ville de Copenhague de renflouer ses caisses fréquemment, ne se préoccupe pas, selon ses détracteurs, ‘de créer une zone bienveillante’. Elle subit encore davantage les critiques depuis que la première ligne de métro, créée en 2007 sur ces fonds, a coûté trois fois plus cher que prévu et n’a pas accueilli autant de monde que prévu. By oh Havn assure que ses finances sont aujourd’hui saines, mais cet échec commercial les pousse à développer des zones à profit maximum.

Lynetteholm risque donc de devenir ‘un autre projet VIP, où les personnes aux revenus ordinaires n’auront pas accès’, affirme Ninna Hedeager Olsen, commissaire à l’Environnement de Copenhague. Elle souligne aussi le manque de ‘bons espaces verts’, dont les coûts de création sont ‘trop élevés pour la municipalité’.

La Suède s’en mêle

Alors que le Parlement danois doit donner sa autorisation au projet pendant le mois de mars, la Suède a également souhaité donner son avis. Le pays voisin ne se trouve en effet qu’à quelques kilomètres de Copenhague, de l’autre côté du détroit d’Øresund, où sera construit Lynetteholm.

Selon les responsables du comté suédois de Skåne, qui s’opposent formellement à ce projet, la construction d’une île flottante aurait un impact direct sur les courants maritimes dans le détroit. La protection de cet environnement marin, classé Natura 2000, doit être un point d’attention pour tous les pays autour de la mer baltique. Car ce détroit est l’un des seuls passages de cette mer intérieure vers l’océan atlantique. ‘Il existe un risque de contamination et de réduction du débit d’eau dans les détroits. La mer Baltique n’est déjà pas dans le meilleur état et nous ne voulons pas de la moindre modification’, a déclaré Kristian Wennberg, chef des services d’eau du comté de Skåne, à Bloomberg. La réduction du débit d’eau pourrait modifier l’apport en oxygène dans les océans, alors que la mer Baltique souffre déjà d’hypoxie à cause des déchets humains dans l’eau.

Mais By og Havn assure que le projet de Lynetteholm n’a qu’un très faible impact sur le débit et la qualité de l’eau, études à l’appui. Pour la société, il n’y a donc pas lieu de changer les plans initiaux. Les critiques restent circonspects face à ses études. Car seule la création de l’île flottante a été reprise dans l’analyse sur les impacts environnementaux. Le tunnel sous le port n’a pas été étudié, alors qu’il s’agit d’un point primordial dans le projet.