L’Ukraine déploie des robots terrestres au front


Principaux renseignements

  • L’Ukraine fait figure de pionnière dans l’utilisation des robots terrestres au combat, démontrant leur efficacité pour s’emparer de positions fortifiées et réduire au minimum les pertes humaines.
  • Les robots terrestres offrent des avantages distincts par rapport aux drones aériens, notamment des charges utiles plus lourdes, des durées d’opération plus longues et la capacité de s’engager dans des combats directs.
  • Si la technologie robotique recèle un immense potentiel pour révolutionner la guerre, les experts soulignent l’importance persistante de la prise de décision humaine et reconnaissent les limites des systèmes robotiques actuels.

Le paysage de la guerre subit une transformation radicale en Ukraine. C’est ce que rapporte Politico. Le pays est devenu un terrain d’essai pour la technologie robotique de pointe, mettant en évidence son potentiel à redéfinir les stratégies de combat.

La guerre robotique occupe le devant de la scène

Les drones ukrainiens se sont déjà révélés très efficaces, établissant une zone mortelle de 50 kilomètres derrière les lignes ennemies et paralysant la flotte russe de la mer Noire grâce à des frappes de drones maritimes. Aujourd’hui, les robots terrestres apparaissent comme un véritable changement de donne, capables d’attaquer et de s’emparer de positions fortifiées avec une précision sans précédent. Cette intégration de la robotique aux tactiques de guerre traditionnelles a le potentiel de redéfinir les conflits futurs d’une manière comparable à l’introduction de la poudre à canon ou des chars.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a récemment mis en avant une réussite historique : la prise d’un bastion russe grâce au seul déploiement de robots sans pilote, tant terrestres qu’aériens. Cette avancée souligne l’engagement de l’Ukraine à minimiser les pertes humaines tout en maximisant l’efficacité sur le champ de bataille.

Des outils polyvalents sur le champ de bataille

Mykola Zinkevych, commandant de l’unité des systèmes robotiques terrestres de la troisième brigade d’assaut, souligne le rôle crucial que jouent ces robots pour évoluer dans des environnements dangereux sans mettre de vies humaines en danger. Leur polyvalence s’étend à un large éventail de tâches, notamment le transport de ravitaillements vitaux, l’évacuation des blessés, la reconnaissance en terrain découvert, le démantèlement des fortifications ennemies, l’exécution de missions de sabotage derrière les lignes ennemies et la pose de champs de mines.

Ce virage stratégique vers la guerre robotisée est motivé par la difficulté de l’Ukraine à recruter suffisamment de soldats pour contrer les assauts incessants de l’infanterie russe. La stratégie ukrainienne actuelle repose sur l’infliction de pertes supérieures à ce que la Russie peut supporter, ce qui rend impératif de minimiser les pertes propres tout en maximisant les dégâts infligés aux forces d’invasion. Zinkevych envisage de remplacer jusqu’à 30 pour cent du personnel dans les zones de première ligne à haut risque par des technologies robotiques d’ici 2026.

Les robots prennent le contrôle

Un moment charnière illustrant cette transformation s’est produit l’été dernier dans la région ukrainienne de Kharkiv. L’unité de Zinkevych a réussi à prendre le contrôle d’un bunker militaire russe fortifié à l’aide de deux robots « kamikazes » terrestres et de drones. Les robots ont neutralisé l’entrée, poussant les soldats russes à se rendre. Les drones ont ensuite escorté les prisonniers jusqu’aux lignes ukrainiennes. Cette opération a démontré comment la technologie peut efficacement remplacer les soldats humains dans certains scénarios à haut risque.

La Russie intègre également des drones terrestres à son arsenal pour le soutien logistique, l’évacuation des blessés et des attaques ponctuelles. Cette escalade souligne une tendance plus large à recourir à la robotique pour minimiser les interventions humaines coûteuses en temps de guerre.

Robots vs. drones

Les robots terrestres offrent des avantages distincts par rapport à leurs homologues aériens. Ils peuvent transporter des charges utiles plus lourdes, opérer pendant des durées plus longues et s’engager dans des combats terrestres grâce à une protection blindée et un armement redoutable.
La troisième brigade déploie activement des robots terrestres depuis plus de deux ans. Le ministère ukrainien de la Défense s’efforce désormais d’intégrer cette technologie de manière transparente aux équipes d’assaut humaines, obtenant un succès remarquable dans la libération d’un territoire substantiel dans le sud du pays.

Les analystes militaires considèrent cette révolution robotique comme un changement de paradigme dans l’art de la guerre. Mykola Bielieskov, analyste militaire ukrainien, la compare à la « révolution dans les affaires militaires » des années 1920 et 1930, qui a vu l’introduction des mitrailleuses, des chars et des avions modifier fondamentalement les stratégies de combat.

Optimisme prudent

Cependant, les experts mettent en garde contre une surestimation du rôle des robots dans la guerre. Bielieskov souligne que si les robots peuvent assumer certaines tâches, la prise de décision humaine reste cruciale pour le succès sur le champ de bataille. L’Hudson Institute souligne en outre les limites des systèmes robotiques, en particulier leur vulnérabilité face aux drones aériens et leurs difficultés à naviguer sur des terrains complexes.

D’abord sceptique, le commandement ukrainien a reconnu le potentiel des robots terrestres après avoir constaté le succès de leurs déploiements par des brigades innovantes dans divers environnements. Ce changement a été renforcé par la domination de l’Ukraine dans la guerre des drones aériens, qui a permis d’établir une « zone de tir » loin derrière les lignes ennemies, paralysant les mouvements et la logistique des troupes russes.

L’essor de la robotique ukrainienne

En conséquence, l’Ukraine connaît un essor de l’innovation en matière de conception robotique. Plus de 200 fabricants ukrainiens de robots terrestres passent de la phase de test à celle du déploiement au sein d’unités militaires. L’objectif est d’automatiser à 100 pour cent la logistique de première ligne à l’aide de robots.

Le TerMIT, développé par Tencore, illustre parfaitement ces progrès. Ce robot à chenilles peut transporter jusqu’à 400 kg à une vitesse de 15 km/h et opérer sur une distance pouvant atteindre 40 km. Il est déployé pour un large éventail de missions, allant du transport de fret et des évacuations médicales aux opérations de combat lorsqu’il est équipé de mitrailleuses et de lance-grenades.

La robustesse des robots par rapport aux soldats humains est évidente dans leur résilience. Vasylchenko raconte comment un TerMIT a réussi à poser plus de 1 500 mines antichars avant d’être détruit par des drones russes.

Soutien européen surtout essentiel

Les alliés européens jouent un rôle essentiel en apportant un soutien financier, soit directement, soit par le biais de programmes tels que l’initiative SAFE de l’UE. Ce financement assure la survie des entreprises ukrainiennes de robotique et favorise la collaboration internationale. De nombreux fabricants étrangers de robots établissent des partenariats avec des entreprises ukrainiennes, tandis que des fabricants ukrainiens comme DevDroid prévoient d’implanter des sites de production en Europe afin de s’intégrer au marché européen de la défense et d’obtenir des financements essentiels.

En fin de compte, l’Ukraine et ses alliés européens visent à minimiser les pertes humaines grâce au déploiement stratégique de robots. Zinkevych souligne que l’objectif est que les robots absorbent le plus gros des combats, permettant ainsi aux unités d’infanterie de se transformer en forces hautement spécialisées capables d’exécuter des tâches dépassant les capacités des robots. Malgré les progrès technologiques, les soldats humains restent le fondement de toute armée. (fc)

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