Principaux renseignements
- L’Union européenne s’efforce de diversifier ses approvisionnements en minéraux en passant par le Vietnam afin de réduire sa dépendance vis-à-vis de la Chine.
- Bruxelles propose une aide financière et une expertise technique afin de garantir des réserves essentielles pour la défense.
- Des risques stratégiques, notamment le nationalisme économique et l’influence chinoise, compliquent les partenariats.
Des documents internes de l’Union européenne indiquent une volonté stratégique de renforcer les partenariats avec le Vietnam afin de diversifier l’approvisionnement en minéraux critiques et de réduire la dépendance vis-à-vis de la Chine. C’est ce que rapporte Reuters.
Ce changement intervient alors que Bruxelles s’inquiète de la vulnérabilité de ses chaînes d’approvisionnement actuelles, en particulier à la suite des restrictions à l’exportation imposées par Pékin l’année dernière.
Sécurisation des réserves de minéraux critiques
Le Vietnam possède d’importantes réserves de bauxite, d’antimoine, de bismuth, de tungstène et d’éléments de terres rares. Alors que l’UE a principalement importé de l’antimoine et du tungstène à des fins de défense, des rapports internes suggèrent qu’un accès élargi à ces matériaux et à d’autres est essentiel pour atteindre les objectifs européens de réarmement rapide et de réduction des risques.
Afin d’empêcher d’autres puissances mondiales de monopoliser ces ressources, l’UE envisage d’apporter une aide financière, une expertise technique et une assurance-crédit à l’exportation pour renforcer les secteurs minier et de transformation du Vietnam.
Manœuvres diplomatiques
Cet effort diplomatique coïncide avec une visite du président vietnamien Tô Lâm à Bruxelles, prévue fin octobre. Les discussions devraient porter principalement sur les matières premières, dans la lignée des récentes délibérations du Conseil européen visant à réduire la dépendance vis-à-vis des importations chinoises.
Bien que le Vietnam ne fasse pas encore partie des 16 partenaires miniers stratégiques de l’UE, les pourparlers à venir pourraient ouvrir la voie à une coopération officielle. Cela s’inscrit dans le cadre d’autres initiatives diplomatiques, telles que le retrait par l’UE du Vietnam de sa liste des paradis fiscaux et les différends en cours concernant des avertissements relatifs à la pêche et un traité d’investissement de 2019.
Course à l’influence mondiale
L’UE craint tout particulièrement de perdre du terrain face à d’autres concurrents internationaux. Des documents mettent en évidence une tentative infructueuse de la part d’entreprises canadiennes, américaines et australiennes de prendre une participation majoritaire dans Masan High-Tech Materials, l’un des principaux fournisseurs de tungstène de l’Allemagne.
Par ailleurs, une coentreprise entre des sociétés sud-coréennes et australiennes visant à traiter des terres rares au Vietnam est considérée comme un projet susceptible de marginaliser les intérêts européens.
Risque de « nationalisme économique »
Malgré les avantages potentiels, l’UE reconnaît l’existence d’obstacles importants. Des rapports mettent en garde contre un « nationalisme économique » au Vietnam, notamment des exigences strictes en matière de transferts de technologie, ainsi que des obstacles politiques et un manque de clarté concernant l’influence chinoise dans le secteur minier vietnamien.
Pour atténuer ces risques, l’UE s’attache à soutenir les industries de transformation, considérées comme moins instables sur le plan politique que les opérations minières directes.
(at)
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