Limitation du droit à l’avortement : les Américaines craignent un trafic de données provenant de leurs applications menstruelles

La décision prise vendredi par la Cour suprême des États-Unis de mettre fin à la protection constitutionnelle de l’avortement suscite des inquiétudes quant à la vie privée des femmes aux États-Unis.

Cette décision controversée devrait conduire à une interdiction de l’avortement dans environ la moitié des États américains. Selon les experts en matière de protection de la vie privée, cela rend les femmes vulnérables, car leurs données personnelles peuvent être utilisées pour surveiller les grossesses : les données peuvent être partagées avec la police, voire vendues à des groupes militants.

Les recherches en ligne, les applications menstruelles, les trackers de fitness et les lignes d’assistance pourraient devenir une source de données majeure pour d’éventuels efforts de surveillance. Bien que ces données soient collectées à des fins de marketing et de publicité, les experts craignent qu’elles ne soient vendues à quiconque est prêt à payer.

Cette crainte est justifiée, car certains États américains ont annoncé qu’ils envisagent de poursuivre les femmes qui cherchent à se faire avorter dans d’autres États. Ce faisant, les données de localisation peuvent être utilisées comme preuves.

C’est ce qui est arrivé en 2015 à Purvi Patel, qui a été condamnée à 20 ans de prison après avoir été accusée de maltraitances envers son enfant alors qu’elle avait auparavant tenté d’avorter elle-même. Patel avait dit aux médecins qu’elle avait fait une fausse couche, mais le procureur a utilisé des SMS entre Patel et son petit ami comme preuve contre elle. Dans ceux-ci, elle a eu une discussion avec son petit ami au sujet de la commande de pilules pharmaceutiques destinées à provoquer un avortement. Elle a été libérée en appel en 2016.

« Les données de localisation se vendent et se partagent »

« La vie privée des personnes qui cherchent à se faire avorter et à obtenir d’autres soins de santé liés à la grossesse deviendra particulièrement vulnérable, notamment par la collecte et le partage des données de localisation », ont déclaré quatre sénateurs dans une lettre adressée à la Federal Trade Commission (FTC). « Les marchands de données vendent et partagent déjà les données de localisation des personnes qui se rendent chez les prestataires de services d’avortement à toute personne possédant une carte de crédit. »

Les quatre sénateurs, Ron Wyden, Elizabeth Warren, Cory Booker et Sara Jacobs, affirment que les procureurs des États où l’avortement devient illégal pourront obtenir des mandats pour obtenir des informations de localisation sur toute personne ayant consulté un prestataire de services d’avortement.

Dans leur lettre, les sénateurs demandent à la présidente de la FTC, Lina Khan, de lancer une enquête sur les pratiques d’Apple et de Google concernant les données des utilisateurs – et utilisatrices – de téléphones portables. « Ces entreprises ont permis ces pratiques néfastes en intégrant l’identification de la localisation dans leurs systèmes d’exploitation », indiquent les sénateurs.

Menstruations

Narrative est un marché bien connu où les annonceurs peuvent acheter des informations sur les utilisateurs d’applications et de sites web. Récemment, il est apparu que des données provenant d’applications permettant de suivre son cycle menstruel étaient mises en vente.

La crainte générale est que les données issues des applications menstruelles ou liées à celles-ci puissent être utilisées pour traquer les personnes soupçonnées d’avoir avorté. En 2019, le plus haut responsable de la santé du Missouri a déclaré que l’État avait examiné les données des patientes du Planning familial, y compris dans certains cas leurs cycles menstruels, à la recherche de celles qui avaient tenté d’avorter.

MB

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