L’étude sur la chloroquine publiée par The Lancet: guideline fiable ou ‘fantaisie délirante’?

Hydroxychloroquine – isopix

La revue médicale The Lancet a publié ce week-end une étude sur l’usage de l’hydroxychloroquine en traitement contre le Covid-19. Sa conclusion est que le médicament serait inefficace, voire dangereux. Les résultats de cette étude sont aujourd’hui remis en cause les ardents défenseurs de la chloroquine, mais également par quelques scientifiques plus neutres par rapport à ce brûlant sujet.

L’étude intitulée ‘Hydroxychloroquine or chloroquine with or without a macrolide for treatment of COVID-19: a multinational registry analysis’ est loin d’être passée inaperçue dans le monde scientifique. D’une part, parce qu’elle affiche des résultats inquiétants observés sur un nombre impressionnant de malades. Et d’autre part, parce que l’étude a été publiée dans l’une des revues médicales les plus prestigieuses de la planète.

La majorité du monde scientifique prend donc cette étude très au sérieux. Ainsi, l’OMS a suspendu mardi tous ses essais cliniques sur l’hydroxychloroquine. Et en Belgique, l’institut Sciensano déconseille désormais fortement ce médicament au vu des risques présentés par dans l’étude. Quant à la France, elle a tout bonnement interdit ce mercredi son utilisation pour soigner le covid-19, en dehors des essais cliniques.

Mais depuis plusieurs jours, la polémique enfle pourtant. De plus en plus de doutes sont émis au sujet de la justesse ou de l’impartialité des résultats de cette étude. Sur Twitter, des centaines de personnes se sont déjà positionnées contre celle-ci, souvent avec toute la nuance offerte par une poignée de caractères. En substance, bon nombre d’entre eux estiment que l’étude aurait été financée par l’industrie pharmaceutique pour évincer l’hydroxychloroquine de la course au traitement contre le covid-19.

Pour tenter d’y voir plus clair, en un peu plus de mots, voici les avis de trois spécialistes sur cette étude:

Didier Raoult

Commençons par l’opinion du désormais célèbre Dr. Raoult qui promeut le traitement à l’hydroxychloroquine depuis le début de l’épidémie.

Comme il l’explique dans une vidéo publiée sur le site de l’IHU Méditerranée Infection, dont il est le directeur, cette étude est ‘foireuse’, selon lui, car elle est basée sur des Big Data. Le médecin marseillais qualifie cette méthode de ‘fantaisie complètement délirante, qui prend des données dont on ne connait pas la qualité et qui mélange tout’.

En outre, il réfute la possibilité que l’hydroxychloroquine augmente les risques d’arythmies cardiaques. ‘Ici, on a fait 10.000 électrocardiogrammes sur les malades.’ Il affirme que ces problèmes cardiaques n’ont pas été observés.

Marcos Eberlin

Chimiste et membre de la Brazilian Academy of Sciences, Marcos Eberlin a publié une lettre ouverte dans le journal ConexaoPolitica dans laquelle il démonte l’étude point par point. Notons toutefois que le Brésil, l’hydroxychloroquine est régulièrement promue, en particulier par le président Jair Bolsonaro.

Selon Eberlin, les données utilisées ne sont pas correctes. L’étude annonce avoir étudié près de 10.000 malades du coronavirus, mais le scientifique doute qu’il soit possible de recueillir autant de données.

Ensuite, dans plusieurs points, il reproche aux auteurs de ne pas être impartiaux. Selon lui, ils avaient déjà un a priori sur ce médicament et n’ont fait que le confirmer avec leur étude.

De plus, il affirme que les chercheurs ont montré dans une interview ‘leur sympathie pour Remdesivir et leur aversion pour l’hydroxychloroquine’.

Enfin, il doute complètement que les calculs statistiques aient été bien effectués.

Stéphane De Wit

Ce mercredi, c’est le Pr. Stéphane De Wit, chef du Service des maladies infectieuses au CHU Saint-Pierre, qui faisait part dans La Libre de ses doutes au sujet de l’étude publiée par The Lancet.

Il questionne notamment l’origine de l’étude. ‘Très curieusement, elle émane d’une société privée’, note-t-il.

Mais il critique également l’analyse même des données: ‘étonnant que l’on puisse produire aussi rapidement une telle analyse’.

Pour lui, les données sont ‘vraiment très bizarres’. Pour étayer son ressenti, il prend en exemple ‘la répartition des comorbidités ou du tabagisme [qui] ne reflètent absolument pas ce que l’on a observé sur les différents continents’.

En définitive, l’étude qui semblait devoir mettre fin au débat sur la chloroquine et ses dérivés est surtout parvenue à susciter elle-même le débat. Mais pour démêler le vrai du faux, il faudra sans doute attendre que les données soient étudiées par d’autres spécialistes. Ce que compte d’ailleurs faire l’OMS via son Data monitoring committee.