Les voyages d’été seront chaotiques, mais avons-nous vraiment encore besoin de pilotes dans nos avions ?

C’est un été chaud qui s’annonce, et les énormes embouteillages auxquels nous pouvons nous attendre dans les aéroports pourraient bien virer au chaos. La cause ? Un manque de personnel au sol lié à la colère des pilotes. Ceux-ci ont vu leurs salaires subir une forte pression ces dernières années. Et pourtant, après la pandémie, il y a à nouveau une énorme demande de pilotes. Mais avons-nous vraiment besoin de pilotes ? L’automatisation et la robotisation n’étaient-elles pas le couteau suisse économique qui allait tout résoudre ?

Le chaos auquel nous pouvons nous attendre – et qui est déjà une réalité au Royaume-Uni, en partie en raison de contrôles douaniers plus stricts dus au Brexit – est une conséquence des grèves prévues par les pilotes et le personnel au sol, mais également d’une grave pénurie de personnel. Les pilotes de Brussels Airlines ont d’ailleurs fait savoir que les voyageurs devaient s’attendre à des grèves chez nous.

Des revendications salariales justifiées

Tout d’abord, il n’y a rien de mal dans les revendications salariales des pilotes. Si vous voulez devenir pilote, vous devez financer votre propre formation – prix de revient : facilement plus de 100.000 euros – et votre horaire de travail n’est pas toujours idéal. Vols lointains, jetlags et grandes responsabilités justifient plus qu’une bonne rémunération. En outre, les pilotes ont beaucoup souffert de la crise du coronavirus, laissant beaucoup d’entre eux avec un gros manque à gagner.

Une technologie ancienne

Mais on peut se demander pourquoi les pilotes sont encore nécessaires. Nous parlons sans cesse de voitures à conduite automatique, d’automatisation et de robotisation, mais le métier qui peut être le plus facilement automatisé dans le domaine de la mobilité – après les conducteurs de train – n’est absolument pas étudié. Il est pratiquement impossible de fabriquer une voiture autonome, comme les ingénieurs le découvrent peu à peu, mais un avion vole du point A au point B. L’industrie dispose d’un budget bien plus important pour bourrer un tel avion de technologies, car le coût de l’informatique est relativement limité par rapport au reste de l’avion.

Cette technologie est en fait très ancienne. Le premier module de navigation automatique existait déjà en 1914. Le mécanicien Emil Cachin et le pilote américain Lawrence Sperry, avaient volé cette année-là le long de la Seine pendant un certain temps sans toucher aux commandes, avec une grande foule de badauds en délire venus pour les admirer et les applaudir. Plus hallucinant encore : ils se tenaient tous les deux sur les ailes de leur propre avion, alors que le cockpit était vide. Aujourd’hui, la technologie des drones est en pleine révolution et l’intelligence artificielle a fait son apparition. Même les scénarios qui ne figurent pas dans le manuel peuvent être simulés par des ordinateurs.

Le mécanicien Emil Cachin et le pilote américain Lawrence Sperry.

La demande des compagnies aériennes

De nombreux PDG de compagnies aériennes plaident, en privé ou à voix haute, pour un passage en deux étapes des pilotes aux avions automatiques. Ils passeraient d’abord de deux à un seul pilote par appareil. Ensuite, les avions seraient envoyés dans les airs en autonomie complète. Cela permettrait, bien sûr, d’obtenir un rendement énorme.

La plupart des compagnies aériennes opèrent dans un secteur réputé pour ses pertes importantes et sont maintenues à flot par des subventions. Vous pouvez avoir de la sympathie pour les pilotes, mais aussi pour leurs employeurs qui souhaitent rogner sur une source de dépenses importante.

Pénurie aiguë de pilotes

Ces problèmes ne sont pas que financiers : parmi les pilotes aussi c’est la pénurie. Au cours des 20 prochaines années, 600.000 pilotes supplémentaires seront nécessaires, et les compagnies aériennes
estiment déjà qu’il leur en manquera 34.000 pilotes d’ici 2025.

60% des accidents d’avion ont une cause humaine

Il existe également une raison encore plus controversée de poursuivre l’automatisation ; la majorité des accidents sont dus à une erreur humaine. Un bon 60% – la colonne « autres » comprend principalement des erreurs humaines commises par le personnel au sol – est dû à une erreur de pilotage. Les 40% restants sont dus à des problèmes mécaniques, au sabotage et au mauvais temps. Parfois, c’est bien un bon pilote arrive à sauver ses passagers, mais dans de nombreux cas, les paramètres sont mal interprétés.

Source : Planecrashinfo.com

Les pilotes ne seront bien sûr pas d’accord avec cela et se référeront à des circonstances exceptionnelles, qui justifient la présence de deux pilotes dans le cockpit. L’exemple le plus cité reste le célèbre atterrissage sur le fleuve Hudson à New York par le pilote d’avion Sully Sullenberger.

Le problème de ce raisonnement est qu’il reste difficile de s’entrainer à réagir à ce genre de circonstances exceptionnelles- la plupart des vols sont de routine – ce qui réduit également l’état de préparation en cas de problème. Aujourd’hui, la plupart des pilotes volent 90% du temps en pilote automatique.

Le miracle sur la rivière Hudson. Un atterrissage sans faille sur l’Hudson par le capitaine Sullenberger
tous les passagers ont été sauvés

Voler redevient un plaisir

Il existe un avantage supplémentaire à l’automatisation : elle libère un budget pour mieux rémunérer le personnel de cabine. De nos jours, si vous êtes sur un vol économique, vous serez chanceux d’avoir un coca payant. Voler redevient alors un plaisir, alors que c’est aujourd’hui une corvée. Cet argent supplémentaire peut également être utilisé pour accélérer la recherche d’avions respectueux de l’environnement. Et pourquoi ne pas mieux payer le personnel au sol, qui est également devenu un goulot d’étranglement.

Le voyageur n’en veut pas

Ceux qui craignent que nous nous dirigions vers des vols sans pilote ou des avions à pilote unique ont de quoi s’inquiéter. La réticence la plus forte, outre celle des puissants syndicats de pilotes, est bien sûr celle du passager lui-même, qui a du mal à faire face au changement. Et si l’avion est piraté ? Et si les ordinateurs tombent en panne ? Et ainsi de suite. La race humaine est de loin le plus grand obstacle dans le processus de transition vers les aéronefs sans pilote.

Une énième profession en pénurie

En raison de cette pénurie de pilotes, moins de vols pourront avoir lieu. C’est la même chose pour les enseignants, les étudiants en emploi, les agents de nettoyage … Nous nous dirigeons vers un monde où il n’y a que des professions en pénurie. Pour les pilotes, c’est une bonne nouvelle : ils obtiendront des salaires de plus en plus élevés pendant les 20 prochaines années. Le prix des billets, quant à lui, augmentera également fortement. Plus de vol vers Barcelone pour 9 euros, et c’est peut-être aussi bien ainsi.


Xavier Verellen est un auteur et un entrepreneur. (www.qelviq.com)

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