Les producteurs d’énergie du Golfe recourent à des manœuvres secrètes pour acheminer du pétrole via le détroit d’Ormuz


Principaux renseignements

  • Adnoc et le Qatar ont recours à des « transports clandestins » pour acheminer du pétrole et du gaz via le détroit d’Ormuz.
  • Des réseaux de transport maritimes privés permettent aux Émirats arabes unis d’ignorer les contraintes de l’OPEP et d’acheminer du pétrole en toute discrétion.
  • Des « navettes » discrètes maintiennent des flux énergétiques essentiels malgré la chute des volumes commerciaux officiels.

Les producteurs d’énergie du Golfe, en particulier ceux d’Abou Dhabi et du Qatar, ont discrètement transporté du pétrole et du gaz via le détroit d’Ormuz pour atteindre les acheteurs mondiaux malgré les tensions géopolitiques persistantes. Adnoc s’est montrée particulièrement efficace dans cette démarche, en utilisant une stratégie connue sous le nom de « transits occultes », dans laquelle les navires désactivent leurs transpondeurs de suivi pour passer inaperçus devant les forces navales américaines et iraniennes.

Manœuvres furtives

Alors que de nombreux autres exportateurs régionaux et sociétés commerciales occidentales rencontrent des difficultés parce que les propriétaires de pétroliers affrétés ne sont pas disposés à risquer leurs actifs, Adnoc tire parti de son propre réseau logistique. La société utilise des navires gérés par Wanhua Chemical Group et Navig8 — une entreprise détenue en grande partie par la division maritime d’Adnoc — pour acheminer des méthaniers et des pétroliers. Le Qatar a employé des tactiques similaires : les données de suivi montrent qu’un méthanier, l’Al Rayyan, est réapparu près d’Oman après une période d’absence de signal alors qu’il quittait son installation de Ras Laffan.

La volonté de prendre ces risques est motivée par un besoin urgent de transporter les approvisionnements en raison de l’espace de stockage limité. Cette urgence est encore amplifiée pour les Émirats arabes unis suite à leur sortie officielle de l’OPEP le 1er mai. Selon Matt Wright de Kpler, le départ des Émirats arabes unis du cartel a encouragé Adnoc à adopter des manœuvres plus risquées pour maintenir le flux de son pétrole.

Le modèle opérationnel des « allers-retours »

Le modèle opérationnel d’Adnoc repose sur des « allers-retours », où les navires font rapidement demi-tour vers le Golfe pour charger davantage de marchandises. Ces navires déchargent souvent leurs marchandises vers des pétroliers clients dans les eaux plus sûres de Sohar ou de Fujairah, ou les livrent directement sur la côte ouest de l’Inde. Cela permet un transport efficace depuis des hubs comme Ruwais et l’île de Zirku, les allers-retours prenant environ une semaine.

La société a également appliqué cette approche discrète au gaz naturel liquéfié. L’imagerie satellite confirme que des pétroliers se rendent à l’installation d’exportation de l’île de Das depuis plusieurs semaines, malgré l’absence de signaux de suivi actifs. En général, ces navires éteignent leurs transpondeurs près de Fujairah avant d’entrer dans le détroit et ne les réactivent qu’une fois arrivés dans le golfe d’Oman.

Impact sur les volumes commerciaux

Malgré ces efforts, le volume des échanges reste nettement inférieur aux niveaux d’avant-guerre. Par exemple, les expéditions de GNL sont passées d’une moyenne de trois par jour à seulement sept au total depuis le début des actions militaires américaines et israéliennes contre l’Iran. En raison du recours généralisé à la navigation « fantôme », le nombre exact d’expéditions de brut et de carburant est difficile à quantifier, et on ne sait pas encore si ces navires suivent des routes approuvées par l’Iran ou longent la côte d’Oman.

Ces activités clandestines suggèrent que les puissances régionales trouvent des moyens temporaires et informels de contourner les risques de blocus posés tant par les États-Unis que par l’Iran. Parallèlement, des responsables américains de haut niveau indiquent qu’un accord visant à rouvrir officiellement le détroit pourrait être imminent, bien que les questions relatives aux ambitions nucléaires de l’Iran continuent de compliquer l’accord final.

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