Principaux renseignements
- Le Kirghizistan et les Philippines sont en lice pour le dernier siège de la région Asie-Pacifique au Conseil de sécurité de l’ONU.
- Bichkek mise sur la stabilité de l’Asie centrale pour contester la domination pro-occidentale de Manille.
- Cette course oppose les intérêts maritimes de la région indo-pacifique à l’importance stratégique du cœur de l’Eurasie.
La lutte pour le seul siège non permanent de la région Asie-Pacifique au Conseil de sécurité de l’ONU pour le mandat 2027-2028 s’est transformée en une confrontation stratégique entre les Philippines et le Kirghizistan. Alors que les Philippines étaient initialement considérées comme favorites, le Kirghizistan a lancé une campagne vigoureuse pour contester cette domination avant le vote de l’Assemblée générale du 3 juin.
Ambitions d’Asie centrale
Le Kirghizistan tire parti d’une nouvelle ère de stabilité régionale, après avoir résolu ses conflits frontaliers historiques avec ses voisins d’Asie centrale. Cela lui a valu le soutien collectif du Kazakhstan, de l’Ouzbékistan, du Tadjikistan et du Turkménistan, ainsi que celui de l’Azerbaïdjan et de la Turquie. Bichkek mise sur l’importance mondiale croissante de l’intérieur de l’Eurasie, soulignant que tant la Chine que les États-Unis accordent la priorité à cette région pour les corridors énergétiques et les minéraux essentiels. S’il est élu, le Kirghizistan serait seulement le deuxième pays d’Asie centrale à occuper un siège depuis 2017.
En revanche, les Philippines ont déjà siégé au Conseil à quatre reprises. En tant qu’allié clé des États-Unis situé près de Taïwan, Manille est un pilier de la stratégie de Washington visant à contrer l’influence chinoise. Les responsables philippins suggèrent que cette compétition reflète un clivage idéologique plus large, présentant la course comme un choix entre une trajectoire pro-occidentale et un bloc soutenu par Moscou et Pékin.
Manœuvres diplomatiques
Pour contrer ce discours, le Kirghizistan s’est engagé dans une diplomatie de haut niveau. Cela inclut la nomination du vice-Premier ministre Edil Baisalov au poste d’ambassadeur aux États-Unis, qui a déjà pris directement contact avec le président Trump et des responsables du Département d’État. Parallèlement, le ministre des Affaires étrangères Zheenbek Kulubaev mène des actions de lobbying auprès d’un large éventail de nations à New York, de la Chine et Bahreïn à Cuba et la Serbie.
Le président Sadyr Japarov a fait valoir que la structure actuelle de l’ONU est déséquilibrée, négligeant les points de vue des pays en développement enclavés et de petite taille. Il estime que la réussite de l’Asie centrale dans le règlement des différends par la voie diplomatique offre un modèle précieux pour la paix mondiale. Pour obtenir la majorité des deux tiers requise à l’Assemblée générale, le Kirghizistan poursuit une stratégie visant à empêcher une victoire rapide des Philippines dès le premier tour, dans l’espoir de forcer la tenue de plusieurs tours de scrutin où les négociations diplomatiques deviennent plus fluides.
Un bras de fer mondial
Bichkek a déjà obtenu le soutien de l’Organisation de la coopération islamique — bien que des membres de l’ASEAN comme l’Indonésie et la Malaisie restent fidèles aux Philippines — et courtise activement les nations africaines en s’alignant sur les intérêts du Sud global.
En fin de compte, cette course dépasse le simple cadre d’un poste vacant. Elle représente un bras de fer géopolitique visant à déterminer si l’ONU accordera la priorité à la dynamique maritime de l’Indo-Pacifique ou à l’importance stratégique émergente du cœur de l’Eurasie.
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