Les économies orientales accumulent massivement de l’or


Principaux renseignements

  • Les économies orientales accumulent massivement de l’or pour échapper aux risques politiques occidentaux.
  • Les nations souveraines privilégient l’or en tant qu’actif stratégique à l’abri des sanctions.
  • Les achats institutionnels créent un seuil de demande mondial permanent pour ce métal.

La répartition mondiale des réserves d’or en 2026 révèle un contraste saisissant entre les stocks occidentaux bien établis et une phase d’accumulation agressive parmi les économies orientales et émergentes. Alors que les États-Unis conservent la plus grande réserve avec 8 133,5 tonnes, leurs avoirs sont restés largement stagnants depuis plus de deux décennies. En revanche, des pays comme la Pologne, l’Ouzbékistan et la Chine renforcent activement leurs positions, ce qui témoigne d’un profond changement dans la gestion de la richesse souveraine.

Le glissement géopolitique vers les actifs stratégiques

Le principal catalyseur de ce changement de comportement a été le gel, en 2022, d’environ 300 milliards de dollars d’actifs russes par les puissances occidentales. Cet événement a démontré que les réserves détenues en devises étrangères sont soumises à un risque politique et peuvent être saisies.

En conséquence, l’or est passé du statut de simple couverture à celui d’actif stratégique essentiel, car il ne peut être sanctionné ni gelé par des gouvernements étrangers. Cette mentalité de « forteresse » est évidente dans le comportement des pays du BRICS et d’autres entités souveraines cherchant à s’affranchir du système de compensation dominé par le dollar.

Différents motifs

Les tendances actuelles en matière d’achats mettent en évidence des motivations géopolitiques spécifiques. La Pologne a considérablement augmenté ses avoirs pour atteindre 582 tonnes, avec pour objectif 700 tonnes afin de consolider sa position à la frontière orientale de l’OTAN. L’Ouzbékistan a accordé une priorité extrême à l’or, ce métal représentant 87 pour cent de ses réserves totales. La Chine poursuit une longue série d’achats, les chiffres officiels faisant état de 2 313 tonnes. Cependant, les analystes suggèrent que les avoirs réels pourraient être nettement plus élevés, peut-être entre 4 000 et 5 000 tonnes, en raison d’achats non divulgués effectués par des entités publiques et via la Bourse de l’or de Shanghai.

Disparités structurelles dans la composition des réserves

Il existe une disparité massive dans la composition des réserves. Les États-Unis et l’Allemagne détiennent environ 69 pour cent de leurs réserves en or, vestige de l’ère de Bretton Woods. À l’inverse, la Chine et le Japon affichent des ratios bien inférieurs, respectivement de 9 pour cent et 5 pour cent. Cet écart représente le principal moteur structurel de la demande sur le marché actuel, ces nations cherchant à rééquilibrer leurs portefeuilles en se détournant des bons du Trésor américain.

Du point de vue de l’évaluation, les États-Unis détiennent une plus-value latente sans précédent. Comme leur or est comptabilisé à un prix légal de 35 dollars l’once, sa valeur comptable s’élève à environ 37 milliards de dollars (31,68 milliards d’euros), alors que sa valeur de marché, à 4 450 dollars l’once, dépasse 1 100 milliards de dollars (942 milliards d’euros). Alors que les pays occidentaux s’appuient sur ces plus-values héritées du passé, d’autres nations dépensent massivement pour acquérir la même sécurité.

Un plancher permanent pour la demande mondiale

Pour le marché dans son ensemble, ces achats institutionnels ont établi un seuil de demande permanent. Depuis 2022, les banques centrales ont absorbé près d’un tiers de la production minière annuelle, le premier trimestre 2026 ayant à lui seul enregistré un achat net de 244 tonnes. Contrairement aux traders spéculatifs, ces institutions souveraines procèdent à des réallocations stratégiques s’étalant sur plusieurs décennies. Cette tendance suggère un manque de confiance systémique dans l’architecture monétaire actuelle et une évolution coordonnée vers un ordre financier mondial plus fragmenté et adossé à l’or. (fc)

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