Les British Councils, véritable institution, ferment en masse: « L’or noir » de la Grande bretagne perd un sérieux allié

Le British Council représentait le soft power à l’anglaise depuis 1938. Mais la pandémie a fait beaucoup de mal à l’institution, qui doit fermer de nombreux bureaux. Une perte de prestige incommensurable pour la Grande-Bretagne.

C’est la fin d’une institution avec laquelle, sans nous en rendre compte, nous étions tous un peu familiers depuis l’ouverture du premier British Council, au Caire, en 1938. Dans les anciens James Bond et autres films d’aventure un peu rétro, les consulats britanniques présentaient l’image d’une Grande-Bretagne encore présente partout dans le monde, avec ce léger parfum de nostalgie d’un empire sur lequel, disait-on, le soleil ne se couchait jamais. Mais cette époque est sur le point d’être totalement révolue : ces représentations, parfois controversées, ferment leurs portes les unes après les autres.

Nid d’espions

Ce réseau associatif présent dans 110 pays constitue rien de moins que l’organisation représentant la Grande-Bretagne la plus étendue à l’étranger. Son but est d’établir des relations culturelles entre le royaume et d’autres pays, et en particulier de promouvoir l’enseignement de la langue anglaise. Mais l’institution est aussi controversée : elle est régulièrement accusée de servir de couverture aux activités d’espionnage du Secret Intelligence Service. Deux de ses antennes en Russie ont été fermées par les autorités en 2006 et toutes les autres, sauf celle de Moscou, en 2008.

La menace virale

Et c’est maintenant le réseau entier qui est en danger, mais pour des raisons budgétaires. Celui-ci finance normalement 65% de ses frais de fonctionnement avec des cours d’anglais, mais la pandémie y a coupé court. Et l’État britannique, qui prend déjà en charge les 45% restants, ne peut/veut pas compenser. Les Councils sont donc confrontés à la plus terrible restructuration de leur histoire : le personnel sera drastiquement réduit dans les représentations en Bosnie, Croatie, à Malte, au Monténégro, de même qu’en Macédoine du Nord, en Slovaquie, Slovénie, et en Suisse. Quant à la Belgique, c’est encore pire : le Council y ferme définitivement ses portes. Des antennes sont aussi supprimées dans six autres pays de par le monde. Au plus fort de la pandémie, 44 écoles du réseau sur 47 avaient été contraintes de fermer, de même que 195 de ses 223 centres d’examen à travers le monde.

Un second Brexit

Une nouvelle qui jette un froid, outre-Manche. Wendy Chamberlain, qui siège avec les Libéraux-Démocrates écossais, a enjoint le gouvernement britannique à desserrer les cordons de la bourse pour sauver une institution capitale pour l’image de la Grande-Bretagne de part le monde: « Le gouvernement doit présenter ses plans de dépenses pour les années à venir le 27 octobre prochain. Il s’agit là d’une occasion de montrer à nos amis et voisins européens que nous souhaitons poursuivre un partenariat étroit malgré notre sortie de l’UE. »

L’institution a pourtant bénéficié de plusieurs plans d’aide depuis le début de la pandémie, mais cela n’a jamais été suffisant : le gouvernement britannique estime qu’un retour à la normale ne permettrait pas aux Councils de retrouver leurs revenus avant 2023. En juillet dernier, ceux-ci atteignaient à peine 50% des montants d’avant le coronavirus.

La fermeture de cette institution dans de nombreux pays marque en tout cas une immense perte de prestige pour le pays, pour qui il s’agissait là d’un véritable réseau de soft power qui exportait la culture et la langue britannique de par le monde. « Le véritable or noir de la Grande-Bretagne est non point le pétrole de la mer du Nord, mais la langue anglaise. Le défi que nous affrontons, c’est de l’exploiter pleinement » répétait un ancien directeur du British Council. Le gisement n’est pas tari, mais il n’y plus assez de moyens pour l’exploiter.

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