Les attaques contre le port d’Odessa menacent le secteur agricole ukrainien


Principaux renseignements

  • Les attaques russes contre les ports d’Odessa ont réduit de plus de 90 pour cent les expéditions hebdomadaires de céréales.
  • La ruine financière menace les agriculteurs alors que les capacités de stockage s’épuisent et que les revenus s’effondrent.
  • Les prix mondiaux des denrées alimentaires augmentent tandis que l’Ukraine sollicite un financement d’urgence de l’UE pour survivre.

Les attaques militaires russes contre le port d’Odessa poussent les producteurs agricoles ukrainiens au bord de la faillite, selon Bloomberg. Depuis début juillet, les expéditions hebdomadaires de graines oléagineuses et de céréales ont chuté de plus de 90 pour cent, comme le montrent les données de Kpler. Odessa est la principale plaque tournante des exportations céréalières du pays. Ces attaques mettent en péril la saison des semis d’automne et constituent une menace pour un secteur qui représente plus de 50 pour cent des recettes totales d’exportation de l’Ukraine. Cette baisse contribue également à la hausse des prix alimentaires mondiaux pour les pays qui dépendent de ces importations.

Pressions financières sur les agriculteurs

Les agriculteurs se trouvent aujourd’hui face à un dilemme. Ils doivent soit stocker leurs récoltes, car ils ne peuvent pas les transporter, soit les vendre sur le marché intérieur à environ un tiers du prix pratiqué sur le marché international. Les producteurs indiquent que la situation actuelle est plus grave que le blocus de 2022, car les réserves financières utilisées lors des crises précédentes sont désormais épuisées. Ainsi, les agriculteurs de la région de Kharkiv préviennent que la perte des récoltes actuelles pourrait entraîner une faillite totale et la vente forcée de leurs terres.

Paralysie logistique

Cette instabilité a conduit les armateurs à suspendre leurs liaisons vers les ports ukrainiens, bien que le couloir céréalier de la mer Noire reste techniquement ouvert. Par ailleurs, la compagnie ferroviaire nationale Ukrzaliznytsia a limité certains transports d’orge et de blé à destination d’Odessa, bien qu’elle n’ait fourni aucune explication officielle concernant cette mesure. La Banque nationale d’Ukraine prévoit que les recettes d’exportation pourraient baisser d’environ 2,5 milliards de dollars (2,1 milliards d’euros) au cours du second semestre 2026.

Risques liés au stockage

Le rôle de l’agriculture dans l’économie nationale s’est accru depuis l’invasion à grande échelle, l’industrie lourde ayant été fortement décimée. Oxford Economics estime que cette perturbation pourrait entraîner une baisse du PIB de 1,8 pour cent cette année et de 2,1 pour cent d’ici 2027, les pertes potentielles pouvant atteindre 5,3 pour cent si la crise perdure. Par ailleurs, le ministère ukrainien de l’Agriculture prévient que les capacités de stockage pourraient être saturées dès novembre. Sans reprise des exportations, la moitié de la récolte de cette saison, soit environ 30 millions de tonnes, risquerait de pourrir ou de rester bloquée dans les entrepôts.

Financement d’urgence

Pour lutter contre ces pertes, le gouvernement ukrainien a demandé à l’Union européenne une subvention de 220 millions d’euros afin de faciliter l’octroi de prêts pouvant atteindre 4 milliards d’euros. Par ailleurs, Kiev collabore avec la Moldavie pour mettre en place une liaison ferroviaire vers le port roumain de Constanța, qui pourrait potentiellement acheminer 10 pour cent des exportations. D’autres options, telles que les ports du Danube et les lignes ferroviaires occidentales, sont actuellement entravées par de faibles niveaux d’eau et une capacité limitée, tout en restant plus coûteuses que le transport maritime via la mer Noire. (ev)

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