Les animaux sauvages sont de plus en plus gros, et c’est de notre faute

On pensait que l’augmentation des températures ferait diminuer la taille des animaux, en particulier en ville. Pour les mammifères en tout cas, c’est l’inverse qui se produit : ils sont de plus en plus massifs. Et on commence seulement à comprendre pourquoi.

Ce n’est plus une idée neuve : de nombreux animaux sauvages s’adaptent en fait très bien au nouvel écosystème que forment nos villes, et ils s’y épanouissent parfois plus aisément que dans la nature. C’est le cas des rapaces qui nichent dans les clochers, des renards et des ratons-laveurs qui arpentent nos parcs la nuit et même, dans certains pays, des ours qui s’aventurent parfois fort près de nos jardins. Mais parmi ces animaux, certains commencent à changer physiquement à notre contact, et c’est d’autant plus flagrant chez les mammifères.

Plus à manger, moins de danger

On a longtemps pensé que le changement climatique et la hausse moyenne des températures provoqueraient plutôt une réduction de la taille de ces animaux à sang chaud au fil des générations, afin que leur organisme puisse réguler plus aisément sa chaleur interne. Mais c’était se focaliser sur un seul critère environnemental, alors qu’il en existe au moins un autre qui a toujours été fondamental dans les processus de sélection naturelle : l’accès à la nourriture.

Car nous ne sommes toujours pas avares de gaspillage alimentaire : ce sont des tonnes et des tonnes de consommables qui se retrouvent chaque année dans les poubelles et les décharges des grandes villes, quand ce n’est pas directement dans la rigole. Une aubaine pour de nombreux mammifères opportunistes, qui finissent par s’installer à demeure dans nos cités. Car celles-ci offrent un autre avantage : en ville, les gros prédateurs sont moins nombreux et plus dispersés, tandis que le milieu urbain offre de nombreuses cachettes qui vont des classiques vieilles souches d’arbres aux souterrains abandonnés.

Poubelles en self-service

Or, moins de danger signifie moins d’inconvénient à être plus massif, pour les petits animaux comme les rats qui survivaient grâce à leur discrétion. Mais cela provoque une réaction en chaîne : les petits prédateurs -qui profitent aussi de la manne calorique de nos poubelles- doivent gagner en volume pour garder leur place dans la chaine alimentaire. Et si les ratons-laveurs et les renards grossissent, les coyotes sont les suivants à gagner du poids et du volume. Un phénomène qu’on pourrait penser typiquement américain, mais observable aussi en Europe, où ces animaux sont aussi présents, pour la plupart.

Le plein de calories et moins de danger : deux facteurs qui permettent aux animaux opportunistes de grandir sans complexe. Et cela s’observe déjà : des biologistes américains ont fait l’inventaire des coyotes et des ratons-laveurs naturalisés dans les musées sur les 80 dernières années, et l’augmentation de taille et de poids se confirme pour ces deux espèces.

Ce n’était pas du tout ce que nous nous attendions à découvrir » convient Robert Guralnick, du Florida Museum. « Mais l’urbanisation représente une nouvelle perturbation des paysages naturels qui n’existait pas il y a quelques milliers d’années. C’est important de se rendre compte de son immense impact. »

Les chercheurs envisagent de mener ce même genre d’étude sur des animaux des campagnes, là où la nourriture humaine est présente aussi, mais où l’impact de nos activités est plus localisé. Et où les poches de chaleurs causées par le réchauffement climatique se font moins présentes et moins longues. Une manière de s’assurer que ce n’est pas un autre facteur encore inconnu qui ferait grandir et grossir les animaux sauvages.

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