L’enfer des livreurs d’Amazon: ‘Un arrêt de plus de trois minutes et un contrôleur vous appelle’

Une camionnette Amazon (AP Photo/Bill Sikes – Isopix)

Amazon a souvent été pointé du doigt pour ses conditions de travail loin d’être correctes. Et celles des livreurs de colis ne font pas exception. Si en Belgique, Bpost se charge des livraisons, aux États-Unis, Amazon a ses propres firmes de livraisons, avec ses propres règles, pratiquement insoutenables.

Travailler 14 heures d’affilée est fréquent pour les livreurs Amazon. Ils doivent respecter les itinéraires prévus et livrer tous les colis. Et pour que cet itinéraire reste lucratif, les camionnettes sont remplies de colis à ras bord, ce qui allonge le temps de travail.

Une telle pression est mise sur les épaules des livreurs qu’ils n’ont même pas le temps de prendre une pause pour aller aux toilettes. ‘Chaque fois qu’une camionnette est hors de la route ou s’arrête pendant plus de trois minutes, l’entreprise de livraison en est informée. Un dispatcheur m’appelait personnellement chaque fois que je m’arrêtais pour aller aux toilettes’, explique James Meyers, un ancien chauffeur à The Guardian. Les chauffeurs n’avaient donc d’autres choix que de faire pipi dans une bouteille en plastique, même si c’étaient des femmes.

Pour ce travail, les livreurs ne sont payés que 15 dollars par heure. Alors que les travailleurs pour DHL gagnent au moins 21 dollars par heure, et ce salaire horaire peut monter jusqu’à 40 dollars. Les travailleurs Amazon n’ont pas non plus la garantie de travailler 40 heures par semaine, ce qui impacte fortement leurs finances. ‘C’est fou pour moi que Jeff Bezos et Elon Musk fassent des allers-retours chaque semaine pour savoir qui est la personne la plus riche du monde et que je ne puisse même pas payer mon loyer’, a déclaré Derrick Flournoy, ancien livreur, à The Guardian.

En réponse, Amazon a affirmé que des pauses pour uriner étaient prévues et que des lieux où les travailleurs pouvaient trouver des toilettes étaient indiqués sur l’itinéraire. Le porte-parole a sous-entendu que le livreur n’avait pas à se plaindre, car l’entreprise leur offrait un travail ‘avec un salaire d’au moins 15 $ / heure, des prestations de soins de santé et des congés payés’.

Sous-traitance

Pour se dédouaner du traitement inhumain de ses livreurs, Amazon passe par des sous-traitants. De cette manière, ce n’est pas Amazon qui engage et impose d’aussi dures conditions aux travailleurs, mais bien les firmes de livraison.

Toutefois, l’entreprise de Jeff Bezos ne fait rien pour arranger leur situation, au contraire. Les entreprises sous-traitantes reçoivent par exemple des primes en fonction du pourcentage d’itinéraires complétés. Cela les pousse à mettre la pression à leurs travailleurs pour qu’ils soient le plus efficace possible. Et tant pis si cela passe par une surveillance accrue. Aujourd’hui, leur travail est même contrôlé par une application et une caméra à bord. Comme ils doivent souvent uriner à bord de leur camionnette, cela détruit toute intimité.

Syndicat

Amazon n’a, selon les travailleurs, jamais rien fait pour que les livreurs aient au moins l’occasion d’uriner aux toilettes et non dans leur camionnette. Tous les employés du géant du e-commerce américain souffrent des conditions de travail. Et c’est bien pour cette raison qu’ils souhaitent être représentés par un syndicat.

Le groupe de protection des travailleurs, les Teamsters, tentent aujourd’hui de venir en aide aux livreurs. Le syndicat veut leur donner de meilleures conditions de travail et un meilleur salaire. Mais Amazon s’oppose à leur présence, comme il refuse tout syndicat dans l’entreprise. Contrairement à la Belgique, où les syndicats sont présents dans toutes les grandes entreprises, aux États-Unis, ce n’est pas obligatoirement le cas partout.

En Alabama, les travailleurs d’Amazon vont pouvoir bientôt voter pour ou contre la création d’un syndicat dans l’entreprise. Ils sont soutenus par de nombreuses célébrités, dont le président Joe Biden en personne.

Mais Amazon ne compte pas se laisser faire et a lancé une vaste campagne antisyndicalistes. L’entreprise organise des réunions, publie un nombre incalculable de publicités contre les syndicats et envoie des SMS pour appeler les travailleurs à voter contre le syndicat.