Le vrai problème de l’Allemagne: les 20% les plus riches sont 149 fois plus riches que les 20% les plus pauvres

Le professeur Paul De Grauwe de la London School of Economics et sa collègue Yuemei Ji ont repris les conclusions du rapport d’enquête que la BCE a publié récemment concernant la richesse des ménages au sein des différents pays de la zone euro. Cette enquête, Household Finance and Consumption Survey (HFSC), révèle que les ménages allemands sont bien moins riches que leurs homologues de l’Europe du Sud, et en particulier des Chypriotes. La richesse du ménage allemand médian (50% des ménages allemands ont plus, 50% des ménages allemands ont moins) n’est que de 51.000 euros, alors qu’elle est de 267.000 euros pour le ménage chypriote médian. Selon l’étude, le ménage allemand médian est même le plus pauvre de la zone euro, et les différences avec ses autres homologues dans les autres pays de la zone euro sont énormes.

Les deux chercheurs ont repris les données de ce rapport et ils proposent un angle d’analyse différent.

Ils notent que le rapport fournissait également les richesses moyennes, et que cette donnée est intéressante pour fournir des informations sur la répartition de la fortune. Ainsi, le patrimoine moyen des ménages allemands est d’environ 200.000 euros, et à ce niveau, il n’est plus le plus faible de la zone euro.

De plus, lorsque l’on fait le rapport entre la richesse moyenne allemande et la richesse médiane allemande, on trouve une valeur proche de 4, alors que le même rapport calculé pour la plupart des pays donne un résultat compris entre 1,5 et 2.

C’est le reflet d’une grande disparité dans la distribution des richesses en Allemagne, expliquent les deux chercheurs. Ils notent que les 20% d’Allemands les plus riches sont 149 fois plus riches que les 20% d’Allemands les plus pauvres. La France, pays qui est aussi réputé pour la concentration de sa richesse, se classe derrière l’Allemagne dans ce domaine. Les 20% de Français les plus riches sont 84 fois plus riches que les 20% de Français les plus pauvres. (en Belgique, le coefficient correspondant est inférieur à 30). Selon ce critère, la société allemande apparait comme étant la plus inégale de la zone euro.

 

De Grauwe et Ji notent également que le rapport de la BCE ne prend en compte que la richesse des ménages, et qu’il n’englobe pas la richesse des entreprises ni la richesse des administrations. Lorsque l’on ajoute les capitaux du gouvernement et des entreprises, et que l’on effectue un calcul par tête, on trouve que l’Allemagne arrive en 3ème position, derrière l’Autriche et la Hollande si l’on ne prend pas en compte les capitaux investis à l’étranger, et qu’elle arrive même en second rang derrière la Hollande si on intègre ceux-ci dans l’analyse.

Les deux auteurs concluent que l’Allemagne est bien plus riche que les pays de la périphérie de l’euro comme l’Espagne, la Grèce, et le Portugal, en dépit de ce que l’enquête de la BCE laissait entendre, mais qu’elle présente une distribution très inégale des richesses.

Ce malentendu pourrait susciter un problème politique important compte tenu que les Allemands les plus pauvres ressentent que la mise à contribution plus importante des citoyens allemands pour les transferts de ressources vers le reste de l’Europe n’est pas juste, avertissent les deux chercheurs.

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