Principaux renseignements
- L’instabilité au Moyen-Orient fait passer la sécurité énergétique avant les objectifs environnementaux.
- La Chine transforme le charbon en produits pétrochimiques et en gaz pour contourner les importations coûteuses de pétrole.
- L’Inde poursuit des stratégies similaires de conversion du charbon en produits chimiques afin de réduire sa dépendance énergétique vis-à-vis de l’étranger.
L’instabilité au Moyen-Orient a redonné un rôle au charbon, la sécurité énergétique l’emportant désormais sur les considérations environnementales. Le gaz naturel étant devenu prohibitivement cher et difficile à se procurer, le charbon est utilisé non seulement pour produire de l’électricité, mais aussi comme matière première pour la production chimique, en particulier pour les engrais.
Stratégie de diversification de la Chine
Si les données chinoises récentes indiquent une légère baisse de l’extraction du charbon et de la production d’électricité — poursuivant une tendance amorcée en 2025 —, cela ne signifie pas pour autant que le pays abandonne ce combustible. Au contraire, la Chine a diversifié son utilisation.
Le pays exploite le charbon pour produire des produits pétrochimiques et du gaz, une stratégie qui suscite désormais l’intérêt de l’Inde. Par exemple, PetroChina mène un projet d’extraction de gaz à partir de roches houillères, avec pour objectif d’atteindre 30 milliards de mètres cubes d’ici 2035 en utilisant des techniques de fracturation hydraulique similaires à celles utilisées pour l’extraction du gaz de schiste.
Hausse des prix du pétrole
Le passage du charbon aux produits chimiques est devenu particulièrement lucratif pendant le conflit au Moyen-Orient. Alors que la fermeture du détroit d’Ormuz faisait grimper les prix du pétrole, le charbon est devenu un substitut rentable.
Cette évolution s’est reflétée sur le marché, les actions chinoises du secteur des produits chimiques dérivés du charbon ayant bondi de 30 pour cent au début du printemps, les investisseurs privilégiant la capacité à produire des engrais et des plastiques sans dépendre du pétrole.
La quête de l’indépendance énergétique de l’Inde
L’Inde, qui importe plus de 80 pour cent de son pétrole, tente aujourd’hui de s’inspirer du modèle chinois pour atténuer sa vulnérabilité face aux chocs énergétiques mondiaux. En exploitant ses propres réserves de charbon, l’Inde espère réduire sa dépendance vis-à-vis des marchés étrangers volatils.
Le gouvernement Modi prévoit de convertir 75 millions de tonnes de charbon en produits chimiques et en engrais d’ici 2030, en accordant des financements publics aux installations afin de garantir une chaîne d’approvisionnement nationale.
Cependant, il pourrait s’avérer difficile de reproduire le succès de la Chine. Les analystes suggèrent que la qualité du charbon indien diffère de celle du charbon chinois, ce qui rend le processus de conversion plus complexe. De plus, la Chine a passé deux décennies à perfectionner ses méthodes d’extraction. Alors que l’Inde prévoit un investissement initial de 4 milliards de dollars (3,4 milliards d’euros), les critiques affirment que cela pourrait s’avérer insuffisant pour maintenir la compétitivité des produits si les prix mondiaux du gaz finissaient par se stabiliser.
En contradiction avec les objectifs climatiques
Cette tendance à « se tourner vers le local » en matière de charbon met en évidence une contradiction dans les objectifs de zéro émission nette. Même le matériel utilisé pour l’énergie verte est souvent fabriqué par des industries fonctionnant au charbon.
En Asie, l’ampleur colossale de ces opérations — le secteur chimique chinois consommant à lui seul 380 millions de tonnes de charbon par an — suggère que la fiabilité et le faible coût primeront toujours sur la réduction des émissions en période de pénurie de ressources. (fc)
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