Le Venezuela, nouveau paradis immobilier des Européens?

Isla Margarita – Isopix

Entre 4.500 et 5.000 Vénézuéliens quittent chaque jour leur pays. Depuis fin 2015, plus de 4 millions de personnes ont déserté le Venezuela, soit 15% de sa population. Et cela a forcément des répercussions sur le marché de l’immobilier.

Après 20 ans de mauvaise gestion économique, ce qui était autrefois la plus grande économie d’Amérique du Sud, avec d’énormes ressources pétrolières, est maintenant devenu une simple république d’Amérique centrale.

Du pétro- État au narco- État

En moins de deux décennies, le Venezuela est passé d’un pétro-État à un narco-État. La capacité de production du pays a été complètement détruite sous la coupe de l’ancien président Hugo Chavez et de son successeur Nicolás Maduro. L’industrie nationale est devenue une affaire marginale. Les exportations de pétrole ont diminué de 15% par mois ces dernières années. Et c’est principalement dû à la corruption, au vol et à la mauvaise gestion.

Ce n’est plus le pétrole, mais le trafic de drogue qui est devenu l’industrie dominante du pays, avec le trafic d’or et de coton. Les sanctions économiques américaines ont fait le reste pour mettre à bas l’économie du pays.

La chute des prix de l’immobilier

Caracas – Isopix

Conséquence: de nombreux Vénézuéliens ont cherché refuge à l’étranger. Ce qui a fait fatalement chuter les prix de l’immobilier. Des logements sont maintenant disponibles à hauteur de 10 à 20% de leur valeur initiale. Dans les secteurs touristiques de Lecherias, Isla Margarita ou encore Morrocoy, de grandes propriétés sont proposées entre 10.000 et 40.000 dollars américains, soit un dixième de leur valeur réelle.

Les personnes qui veulent quitter le pays n’ont d’autre choix que d’accepter ces offres. La location n’est pas une option: les loyers sont ridiculement bas. Et tout nouveau problème qui survient devient rapidement un cauchemar dans une économie en crise. Par exemple, les pièces de rechange pour les climatiseurs ne sont pas disponibles depuis des mois. Il est également difficile d’en trouver des neufs.

Les Européens aux aguets

Les prix bon marché attirent évidemment les investisseurs étrangers. Et les Européens ne sont pas en reste: les Allemands, les Italiens, les Espagnols, mais également des ressortissants de certains pays arabes tentent d’acheter les plus grandes propriétés. En plus des prix planchers, ils peuvent bénéficier de coûts très peu élevés pour les entretiens. Seulement 30 dollars par mois sont nécessaires pour que quelqu’un s’occupe de la maison sur place.

Les Vénézuéliens n’ont d’autre choix que de vendre. À Isla Margarita, le nombre de touristes a chuté de 90% par rapport à 2012. Mais la capitale Caracas n’échappe pas au phénomène non plus. Les maisons y sont vendues à des prix défiant toute concurrence.

Changement de régime d’ici 3 à… 30 ans

Morrocoy – Lalo Hernandez via Unsplash

Les investisseurs peuvent en plus compter sur une certaine stabilité du régime politique. Le retrait du président Marduro est prévu depuis 5 ans maintenant. Mais force est de constater que le successeur d’Hugo Chavez, décédé, est toujours en place. Il n’y a pas de stratégie adverse, que ce soit au niveau de l’armée ou des hommes politiques de haut niveau. La plupart de ces derniers sont impliqués dans des scandales de corruption. Et les Cubains, qui jouent un rôle de surveillance important dans la politique du Venezuela, ne voient pas non plus sur qui s’appuyer.

Les investisseurs peuvent donc voir venir. Car un changement de régime est la plus grande menace pour eux. Les expropriation d’étrangers sont l’argument massue contre les achats. Mais selon les experts locaux, elles sont quasi inexistantes et sans précédent dans le secteur immobilier du Venezuela. Les entreprises et les usines sont plus spécifiquement visées par ce genre de mesures du gouvernement.

Et enfin, l’achat de biens immobiliers par un investisseur étranger est facilité par plusieurs éléments. Il n’y a par exemple pas besoin d’ouvrir un compte bancaire auprès d’une banque vénézuélienne. La plupart des Vénézuéliens (ou leurs proches) ont un compte à l’étranger. Pourvu que le bâtiment ait son propre générateur d’électricité (la compagnie nationale ne fonctionne plus) et que l’acheteur ait un visa d’investissement, le compte est bon.

De leur côté, les Vénézuéliens sont loin de voir une sortie de crise pointer à l’horizon. Même si Juan Guaido, principal opposant du régime et autoproclamé président, prépare un retour en force après plusieurs entrevues diplomatiques à l’étranger.

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