Au Venezuela, “l’origami venezolano” redonne de la valeur aux billets de banque

Au Venezuela, certains artisans astucieux ont trouvé une nouvelle manière d’extraire de la valeur des billets de banque qui ne valent quasiment plus rien : ils confectionnent des articles qu’ils peuvent vendre aux touristes. 

Hector Cordero, est l’un des 1,5 million de Vénézuéliens qui avaient émigré en Colombie cette année à la fin août. Désormais, il gagne sa vie en vendant ses ouvrages à des touristes. Un portefeuille constitué de plusieurs centaines de billets coûte 8 dollars, et il faut compter 12 dollars pour un sac à main composé de 1200 coupures.

Des billets vendus au poids

La plupart des billets utilisés sont des bolivares soberanos retirés de la circulation, faute de valeur.

Le Venezuela est en effet en proie à une hyper-inflation, qui devrait atteindre 4 035 % pour l’ensemble de l’année, selon des données de la Commission des finances de l’Assemblée nationale, contrôlée par l’opposition. Mais pour le Fond Monétaire International, le taux d’inflation réel sera de 200.000 % cette année. En 2019, l’économie vénézuélienne devrait se contracter de 35 %.

En août 2018, le régime du président Nicolas Maduro a introduit le bolivar souverain en divisant la devise précédente, le bolivar fort, par 100 000. L’objectif était de mettre fin à l’emballement de l’inflation (Mais dès le lendemain de son entrée en vigueur, cette nouvelle monnaie a été dévaluée de 96 %…).

Cordero explique qu’il a appris l’art de l’’origami venezolano’ en visionnant des tutoriaux postés par des Vénézuéliens sur YouTube, et en regardant d’autres artisans plier ou tresser les billets dans les rues de Caracas. ‘Quand je n’ai plus de bolivares, mon frère retourne au Venezuela et me ramène d’autres billets. Les gens ont beaucoup de billets comme ceux-là, et nous leur achetons.’ Il ajoute que ses  compatriotes vendent leurs billets au poids contre d’autres devises, le plus souvent des dollars, ou des produits alimentaires. 

La dollarisation progressive du Venezuela

Au Venezuela, la plupart des transactions du quotidien sont effectuées en dollars, en euros, voire en cryptomonnaie. Les gens ont aussi recours au troc. Cordero envoie une partie de ses gains à des proches restés au Venezuela, contribuant ainsi à renforcer l’usage des devises étrangères dans son pays.

Le régime de Maduro est tout à fait conscient de cette “dollarisation” progressive de son pays. Récemment, au cours d’une interview, le président vénézuélien a rappelé que toutes les économies du monde utilisaient encore le dollar pour leurs transaction. ‘Cette dollarisation peut être utilisée pour la relance, le déploiement des forces productives du pays et le fonctionnement de l’économie’, a-t-il dit. 

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