Le Qatar, le pays où l’on climatise les rues

Les buses du système de climatisation dans le stade Khalifa lors des mondiaux d'athlétisme, à Doha, au Qatar
EPA-EFE/JEAN-CHRISTOPHE BOTT

Le Qatar, premier exportateur mondial de gaz naturel liquéfié, est l’un des pays les plus chauds de la planète, mais aussi l’un de ceux qui connaissent le changement climatique le plus rapide (en dehors de l’Arctique). En conséquence, les Qataris ont recours à la climatisation… y compris à l’extérieur.

Un cumul de plusieurs facteurs explique cette chaleur. D’abord, l’essor de la construction, notamment dans les environs de la capitale, Doha. Cette urbanisation développe l’étendue des zones sombres (rues, toitures…), ce qui crée un effet appelé îlot thermique : ces surfaces foncées absorbent le rayonnement solaire, favorisant la chaleur. Depuis 1962, les températures ont augmenté de 2,8°C à Doha.

Le réchauffement climatique à l’oeuvre

Mais la capitale qatarie est aussi une victime du réchauffement climatique. L’océan se réchauffe autour de la péninsule du Qatar. Entre 1982 et 2015, les températures à la surface de la mer dans le golfe Persique et le golfe d’Oman ont augmenté d’environ 1°C de plus qu’ailleurs. En juillet, la mer atteint une température moyenne de 32,4° C en surface.

Selon Jos Lelieveld, un climatologue allemand, le pays est pris dans une boucle de rétroaction. La hausse de la température de la mer dans le golfe Persique entraîne une augmentation de l’humidité atmosphérique pendant certains mois. Cette vapeur d’eau est un gaz à effet de serre, qui intensifie elle-même le réchauffement.

Le Qatar préfigure ce que notre avenir pourrait être

En conséquence, le pays est une fournaise. Les mois d’été, il y fait régulièrement plus de 40°C, et lors de la canicule de juillet 2010, la température a même grimpé à 50,4°C, un record mondial. La nuit, elle ne descend guère en dessous de 32°C. 

Et c’est de pire en pire. Selon les scientifiques, la température moyenne du pays pourrait encore grimper de 4 à 6 degrés Celsius d’ici 2030. ‘Ces changements peuvent nous donner une idée de ce à quoi le reste du monde peut s’attendre si nous ne prenons pas de mesures pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre’, affirme Zeke Hausfather, un expert de l’ONG spécialiste en climatologie, Berkeley Earth. Certains experts spéculent que certaines villes du Moyen-Orient deviendront simplement invivables.

Invivable au sens propre

L’humidité du Golfe Persique aggrave le danger de la chaleur pour le corps humain. Normalement, ce dernier se rafraîchit avec l’évaporation de la sueur. Mais celle-ci est fortement réduite en cas de forte humidité, et l’on peut alors mourir d’un choc thermique. 

Les travailleurs en extérieur sont particulièrement vulnérables. Au cours de ces dernières années, des centaines de travailleurs étrangers sont décédés au Qatar sur des chantiers de construction. 571 migrants népalais sont notamment morts de problèmes cardiaques sur les chantiers des installations sportives pour la Coupe du monde de football de 2022. On estime que 200 d’entre eux ont été victimes de ce phénomène. C’est aussi la chaleur estivale impitoyable qui a incité à retarder de cinq mois la Coupe du Monde. Elle se déroulera en novembre, une période où les températures sont plus fraîches.

Le Qatar climatise ses extérieurs

Pour survivre à cette canicule, le Qatar climatise ses espaces publics : ses places de marchés, ses rues, ses stades, ses terrasses de cafés, et même l’extérieur de ses centres commerciaux. Partout, on voit des climatiseurs ou des systèmes de ventilation. 

Ironiquement, cette climatisation alimente un cercle vicieux. La consommation énergétique liée à la climatisation, qui représente 60 % des besoins totaux en énergie (contre 15 % aux États-Unis, et moins de 10 % en Chine ou en Inde), augmente les émissions de CO2. Le Qatar est le champion du monde des émissions de gaz à effet de serre par habitant, selon la Banque mondiale. Ces émissions font grimper les températures… et plus il fait chaud, plus il faut climatiser. En conséquence, on s’attend à un doublement de la capacité totale de la climatisation entre 2016 et 2030.