Épidémie de ‘morts naturelles’ sur les chantiers du Qatar

Des ouvriers étrangers sur un chantier au Qatar. (Source: EPA)

Des centaines d’ouvriers meurent chaque année sur les chantiers du Qatar, pays hôte de la prochaine Coupe du Monde de football. Dans la majorité des cas, il s’agit de ‘morts subites’ que les autorités qataries attribuent à des crises cardiaques ou des causes ‘naturelles’.

Sur les chantiers du Qatar, et notamment ceux des stades de football prévus pour accueillir le Mondial 2022, des centaines de milliers de travailleurs sont exposés quotidiennement à des chaleurs potentiellement mortelles. Une récente enquête du Guardian évoque des températures allant jusqu’à 45 degrés, et ce pendant 10 heures d’affilées. De telles conditions mettent inévitablement le système cardiovasculaire des ouvriers sous pression. Les cardiologues interrogés par le journal britannique expliquent qu’il existe un lien direct entre un tel stress thermique et le nombre élevé de jeunes hommes qui décèdent durant les mois d’été.

Quatre ‘morts naturelles’ par semaine

D’après des chiffres fournis par le gouvernement népalais, 1.025 de ses ressortissants sont décédés au Qatar entre 2012 et 2017, dont 676 de ‘mort naturelle’. Les certificats de décès transmis par les autorités qataries mentionnent des arrêts ou des crises cardiaques, des insuffisances respiratoires ou encore des maladies, sans autres précisions.

Les autorités indiennes ont, pour leur part, recensé 1.678 décès parmi leurs ressortissants au cours de la même période, dont 1.345 ‘morts naturelles’. Cela équivaut à une moyenne de quatre par semaine, souligne The Guardian.

Si la ‘mort naturelle’ est si souvent retenue, c’est parce que les autorités locales ne pratiquent pas, ou très peu, d’autopsies sur les corps des ouvriers décédés. En effet, la loi qatarie interdit les examens post-mortem, excepté si un crime est soupçonné ou que le défunt présentait des signes préalables de maladie. Et ce, malgré un rapport de 2014 émanant d’une firme d’avocats internationale, mandatée par le gouvernement qatarie lui-même, qui lui recommandait fortement d’étendre la loi aux morts subites ou inattendues.

‘Les personnes de 20 à 50 ans ne décèdent pas soudainement dans leur sommeil’

‘Les personnes âgées de 20 à 50 ans ne décèdent généralement pas soudainement dans leur sommeil’, explique par ailleurs Kausik Ray, professeur de santé publique à l’Imperial College London, au Guardian. ‘Et il est impossible de conclure à une mort due à une défaillance cardiaque ou respiratoire sans pratiquer d’autopsie, à moins de disposer des antécédents médicaux du défunt.’

Précisons encore que les familles doivent donner leur accord pour qu’un tel examen soit pratiqué, mais plusieurs d’entre elles affirment au Guardian qu’aucune demande ne leur est jamais parvenue…

Ce phénomène des ‘morts naturelles’ parmi les travailleurs étrangers ne se cantonne pas au seul Qatar. Selon d’autres enquêtes, ce type de décès, aux circonstances floues, se retrouvent également dans d’autres pays du Golfe, et notamment aux Émirats arabes unis.