Le Pentagone va tester le système de défense antimissile spatial « Golden Dome »


Principaux renseignements

  • Le ministère américain de la Défense testera le réseau de défense antimissile spatial « Golden Dome » d’ici 2026.
  • L’interception en phase de propulsion élimine l’ensemble des menaces, mais nécessite des milliers de satellites.
  • Les coûts d’exploitation colossaux et les retards techniques menacent la viabilité à long terme du programme.

Le ministère américain de la Défense se prépare à la première série d’essais du « Golden Dome », un système de défense antimissile spatial dont l’achèvement est prévu pour fin 2026. Après ces premiers essais, le programme passera en 2027 à des démonstrations en orbite terrestre. Le gouvernement américain a alloué 3,2 milliards de dollars (2,7 milliards de dollars) au développement de prototypes de missiles d’interception cinétiques. Ces armes doivent neutraliser les missiles de croisière, hypersoniques et balistiques avant qu’ils n’atteignent leur cible. Le succès final du projet dépendra de la capacité à valider les systèmes de conduite de tir automatisés, le suivi continu des cibles et la géométrie spécifique requise pour la désignation des cibles depuis l’espace.

Financement

Sur le plan financier, le Golden Dome représente un projet colossal. Son coût est estimé à 185 milliards de dollars (160 milliards d’euros.) Certaines prévisions à long terme laissent entendre que les dépenses pourraient atteindre des milliers de milliards. Le gouvernement a déjà consacré des sommes considérables au projet. Il a alloué plus de 38 milliards de dollars (32 milliards d’euros) jusqu’en 2026, grâce à plusieurs dotations et mesures d’ajustement budgétaire. La phase de prototypage implique des collaborations avec plusieurs acteurs majeurs du secteur, notamment Northrop Grumman, Lockheed Martin, True Anomaly et Anduril Industries. Le budget du programme dépasse les 3 milliards de dollars. Le directeur de l’Operational Test and Evaluation exerce donc une surveillance étroite sur le programme. Le gouvernement entend ainsi s’assurer que le système est efficace dans des scénarios de combat réalistes, et pas seulement dans un environnement technique contrôlé.

L’interception en phase de propulsion

L’objectif stratégique du Golden Dome est d’intercepter les menaces pendant la « phase de propulsion », c’est-à-dire la toute première phase du vol d’un missile. Cela diffère des systèmes de défense américains actuels, qui se concentrent principalement sur la détection et l’interception à mi-parcours. En détruisant un missile alors que son propulseur est encore en fonctionnement, le système peut neutraliser l’ensemble de la menace, y compris les ogives multiples et les leurres, en une seule attaque. Cette approche nécessite toutefois une immense constellation de satellites en orbite basse autour de la Terre. Les satellites se déplaçant rapidement, seuls quelques-uns se trouvent à tout moment dans la position adéquate au-dessus d’une base de lancement. Les modélisations montrent donc qu’il faudrait des milliers, voire des dizaines de milliers, de missiles d’interception pour assurer une couverture fiable contre une salve de missiles coordonnée.

La latence et à la communication

Le succès opérationnel dépend dans une large mesure de la réduction au minimum de la latence. Lors d’un lancement typique d’un ICBM, la phase de propulsion ne dure que trois à cinq minutes. Tout retard dans la détection du lancement, la confirmation de la trajectoire et l’autorisation d’une attaque fait perdre un pourcentage crucial de la fenêtre d’intervention. Cela nécessite une chaîne de données sans faille, depuis la détection et la « surveillance » (suivi de la trajectoire) jusqu’au tir final de l’intercepteur. Pour permettre ces communications à très haut débit, les États-Unis exploitent des sites stratégiques tels que la base spatiale de Pituffik au Groenland, où l’atmosphère unique et la latitude optimisent les communications optiques et laser en bande V.

La durabilité

La viabilité économique du programme reste un sujet de controverse en raison du « rapport coûts-bénéfices ». Par le passé, des projets tels que le programme BAMBI des années 1960 et l’Initiative de défense stratégique (SDI) des années 1980 ont été écartés parce que les coûts de la défense étaient supérieurs à ceux d’une attaque ennemie. Golden Dome est confronté à des défis similaires. Les satellites ont une durée de vie limitée en raison de la résistance atmosphérique. Cela signifie que les fabricants doivent remplacer des milliers d’unités chaque année. Si une flotte de 10 000 satellites nécessite 2 000 remplacements par an, les coûts de maintenance deviennent un fardeau permanent et lourd pour le budget.

Définir le succès au-delà du prototype

Au final, les prochains essais prévus en 2026 et 2027 ne seront pas uniquement évalués à l’aune d’un tir réussi. Le Pentagone devra démontrer l’efficacité de la couverture offerte par le système, ainsi que sa capacité à gérer la « profondeur de salve » (cibles multiples simultanées) et la fiabilité de la chaîne d’approvisionnement. De plus, le système devra prouver qu’il est capable de résister aux armes antisatellites de l’adversaire et aux cyberattaques. Même un essai réussi du prototype ne suffira pas à prouver la viabilité du projet. Il faudra encore déterminer si les États-Unis peuvent maintenir durablement une architecture aussi vaste et coûteuse pour en faire un bouclier de défense national opérationnel. (ev)

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