Le miracle norvégien de la voiture électrique expliqué

Een supercharger-laadstation in Sarpsborg, Noorwegen
Isopix

La Norvège est devenue l’an dernier le premier pays à vendre plus de voitures électriques que de véhicules à moteur à essence, hybride et diesel réunis. Les véhicules électriques à batterie (BEV) ont même représenté les deux tiers des ventes lors des derniers mois de 2020. Pourquoi ?

La Norvège a l’un des objectifs écologiques les plus ambitieux au monde et prévoit d’éliminer progressivement tous les nouveaux véhicules à carburant fossile d’ici 2025. C’est toute une contradiction dans un pays qui est devenu l’un des plus riches du monde grâce à ses revenus pétroliers et gaziers, qui s’est rendu dépendant du pétrole et qui s’accroche à une production supplémentaire alors même que le monde rejette de plus en plus les combustibles fossiles.

La plate-forme de forage West Hercules dans le fjord de Skaanevik en Norvège. – Isopix

D’une part, le gouvernement norvégien met aux enchères les licences d’exploration des champs pétrolifères dans la fragile région arctique. D’autre part, il vise à ce que le parc automobile national soit neutre sur le plan climatique d’ici 2030. Cet objectif est inclus dans le plan climatique présenté par le gouvernement la semaine dernière, tout comme la promesse qu’à partir de l’année prochaine, le secteur public ne sera plus autorisé à acheter que des véhicules sans émissions.

La force de l’eau

Bien que la Norvège soit toujours l’un des plus grands producteurs de pétrole au monde, elle tire plus de 90% de son électricité de sources hydroélectriques. Cela explique dans une certaine mesure pourquoi l’introduction des véhicules électriques connaît un tel succès: tant que les rivières et les chutes d’eau ne s’assèchent pas, l’eau est une source d’énergie infinie qui peut également servir aux véhicules.

Même dans le nord, où les distances entre les villages sont énormes et où le froid hivernal est extrême, la voiture électrique gagne en popularité. Selon Christina Bu, responsable de l’Association norvégienne des véhicules électriques, la part de marché des voitures électriques a augmenté de 4 % dans les districts les plus septentrionaux de Norvège, Troms et Finnmark, à l’automne de l’année dernière.

Derrière ce succès se cache une stratégie politique à long terme, selon Christina Bu. Elle pense que nous nous trompons si nous pensons que le succès de la Norvège n’est qu’une question de subventions. ‘Il s’agit de taxer ce que nous ne voulons pas et de promouvoir ce que nous voulons’, estime-t-elle.

Un très bel ensemble d’avantages

Cela semble être un bon exemple de sémantique. La Norvège a les taxes les plus élevées au monde sur ce qu’elle considère comme des produits de luxe, y compris les voitures. Et il est difficile de nier que l’ensemble des avantages offerts à ceux qui choisissent la conduite électrique est très important.

Par exemple, il n’y a pas de taxe sur l’achat de véhicules électriques, alors que la taxe habituelle sur l’automobile en Norvège rend le prix d’achat moyen d’une voiture traditionnelle presque deux fois plus cher que dans l’UE. Les propriétaires de BEV ne doivent pas non plus payer de taxes routières et ils peuvent se garer gratuitement dans certains parkings municipaux. Il existe également des péages réduits ou gratuits dans certaines régions ainsi que des réductions de 50% sur certains parkings et sur les tarifs des ferries. De plus, vous pouvez conduire sur voie réservée aux bus si vous transportez un passager.

En Norvège, les véhicules électriques peuvent emprunter la voie des bus – Isopix

Cette stratégie ambitieuse de promotion de la conduite électrique remonte à la fin des années 1990, lorsqu’elle a été introduite pour stimuler la production de voitures électriques norvégiennes et réduire les émissions. Sur ce premier plan, cela n’a pas vraiment fonctionné. Les véhicules électriques produits en Norvège brillent toujours par leur absence, pour le plus grand plaisir des constructeurs automobiles étrangers.

Mais le nombre de voitures électriques vendues a énormément augmenté, passant de 3% des ventes totales en 2012 à 54 % en 2020. Il y a 2,8 millions de véhicules sur les routes norvégiennes et plus de 260.000 sont entièrement électriques, soit près de 9 % du nombre total de voitures. Cette année, près de 40 nouveaux modèles de BEV seront mis sur le marché norvégien, soit plus que le nombre de modèles à carburant fossile et hybrides.

Pression sociale

Le psychologue Per Espen Stoknes, député des Verts norvégiens, professeur assistant à l’école de commerce norvégienne BI et intervenant d’une conférence TED, parle de ce succès norvégien des voitures électriques dans son dernier livre sur la psychologie de l’action climatique. Il considère que la pression sociale est un facteur majeur dans ce domaine, en particulier dans les zones densément peuplées: ‘Nous avons pu prouver statistiquement que si quelqu’un achète un véhicule électrique dans une rue, les voisins seront plus enclins à le suivre.’

Il semble clair que plus on vend de voitures électriques, plus les leurs détracteurs ont du mal à se faire entendre. Bien que les BEV soient respectueux de l’environnement dans un contexte local, ils laissent tout de même une empreinte climatique mondiale importante. La fabrication des batteries des voitures électriques nécessite des métaux rares et coûteux, tandis que l’élimination en toute sécurité des batteries usagées et cassées pose un problème.